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L'une vit au milieu de la Méditerranée, l'autre sur les rives de l'Atlantique. Ils ne se sont jamais vus mais écrivent à quatre mains et deux citrons givrés.
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jueves, 4 de agosto de 2011

22. Guerre et paix, Voïna et tout le tralala…

Résumé du précédent épisode : finalement Léa a le maffieux dans la peau qui lui ramone tous ses désirs. Il cherche même à passer une alliance avec les activistes sous l’oreiller ! Joël et Dagmar partent en train à Zegg tandis que Nils ratisse tout Barcelone pour retrouver Léa.

Presque à sec, le fric s’était volatilisé avec Léa et les bonnes résolutions de révolutions. Couper court au souffle de l’autre escogriffe encravaté qui devait avoir mis la main sur la plus rebelle des journalistes qui lui fut donné de rencontrer, Nils devait s’en charger. Joël s’était laissé pousser la barbe, c’était plus prudent. Quant aux cheveux c’était déjà trop tard, les dernières mèches intactes jouaient la voltige au-dessus de son crâne dégarni ! Comme il le craignait, le groupe s’était scindé et était donc devenu plus vulnérable. En levant les yeux et croisant le regard noir de sa voisine, il sourit à l’aspect jeune bourgeoise tombée du nid. Il cilla sur le décolleté saillant du tailleur. La métamorphose de Dagmar était saisissante. Sa perruque rousse éclaboussait ses taches de rousseur. On aurait dit un couple disproportionné par l’âge ou un patron en phase de harcèlement ou encore un père emmenant sa fille en voyage. Elle n’avait pas ouvert la bouche depuis leur départ de la gare de Barcelona. Les écouteurs à ses oreilles, elle se timbrait les tympans aux sons déchirés du premier album de Nina Hagen.
Joël entreprit la lecture studieuse d’une biographie d’Einstein, son héros contrasté. « Je ne me considère pas comme le père de l’énergie atomique » Ça commençait bien ! Tu charries Albert….
Un homme ouvrit la porte du compartiment. Il portait un uniforme de flic d’un pays de l’Est avec une croix en or qui cintrait ses décorations héroïques, la moustache assortie. Il parlait haut et fort dans une langue gutturale, le téléphone portable barré de la faucille et du marteau porté à l’oreille. Léa sortit de sa léthargie et pointa de l’escarpin une cheville de Joël qui faillit verser son gros volume par-dessus bord et dégainer un bienvenue assorti d’une bastos bien à propos. C’est dingue ce que Dagmar pouvait receler de trésors entre ses obus, une armada ! Elle avait déjà légèrement déboutonné sa veste quand l’homme éclata d’un rire tonitruant en allemand à l’attention de la jeune femme.
-                     Mademoiselle, vous êtes la recrue rêvée aux idéaux radicaux que je chevauche comme un cheval fou. Je me présente : Oleg ressortissant russe en rupture de ban, membre imminent de Voïna[1] qui signifie la guerre en Russe. Nous sommes un groupe radical. Nous rugissons aux impostures des chimères consuméristes du capitalisme finissant. « Nous sommes entrés en guerre contre les loups garous en uniforme, l’obscurantisme politique et social pour la liberté de l’art contemporain ».Le pénis est l’organe le mieux compris des services secrets. Jetez un œil sur nos œuvres.
Dagmar bouda au zizi de 62 mètres de haut intitulé : « La bite prisonnière du FSB[2] qui avait fière allure et dressait sa fougue à Saint-Pétersbourg. Il avait été pris en photo sur le pont-levis en face des bureaux des successeurs du KGB. Sauf qu’en ce qui la concernait, ces attributs ne relevaient pas de son sens de l’humour.
L’homme comprit sa méprise.
-                     A moins que vous ne préfériez l’art du retournement de voitures de police avec ses occupants flics à l’intérieur complètement bourrés, histoire de dénoncer la corruption du régime. Je peux même vous traduire la légende en russe au dos de l’image. Voiture renversée à l’entrée du Musée russe, installation artistique pour demander la réforme au ministère de l’Intérieur.
Dagmar grimaçait de sa plus belle dentition, replongeant au plus profond de ses esgourdes profondes se coulant avec la voix de Nina. En revanche, Joël paru très intéressé par ce nouvel art démonstratif.
-                     Nous savons donner de notre personne et nous connaissons déjà les cachots ! « On s’est retrouvé en prison parce que le gouvernement russe est devenu fou. Il est tombé dans la xénophobie et l’obscurantisme. Il a violé les droits de l’homme et des libertés afin de voler tranquillement les pétrodollars du peuple. Les vrais extrémistes ce n’est pas nous mais eux. L’artiste a pour mission de s’opposer. S’en prendre à la police, c’est attaquer leur toute puissance. En Russie, la population a trop peur de l’autorité ».
Joël hochait la tête à toutes ces affirmations soutenues par les photos des happenings du groupe. Les deux hommes fraternisèrent et échangèrent un cri de ralliement prochain.

Arrivés à Berlin, sa seconde peau qu’elle connaissait comme les moindres recoins de son string en cuir, Dagmar sema Joël avec complaisance. Il planait déjà au-dessus de la Baal-Babylone européenne un soupçon de vent brûlant qui vous retournait les sens. Joël imagina le jeune Einstein voguant toutes voiles dehors à bord de son frêle voilier vers sa théorie de la relativité. L’Alex[3], si cher à Alfred Döblin le médecin écrivain dans la verve d’un Céline, sema sa zone dans l’esprit en vadrouille de Joël. Le message de Dagmar qu’il reçut en écho finit par l’achever.
-         Mon papi chéri, on se retrouve dans trois jours. J’ai un besoin express de décompresser et baiser. Je te recontacterai.
A Barcelone, un autre homme nageait dans la mélasse. Nils avait encore une piste à creuser, la dernière pour retrouver Léa saine et sauve !








[2] Services secrets russes
[3] La Place Alexanderplatz symbolisait le centre-ville lors de l’épopée de l’Allemagne de l’Est et était aussi la gare de transit pour les touristes en goguette avant la chute du Mur. Elle donna le titre du fameux roman  « Berlin Alexanderplatz » de Döblin qui fut  adapté au cinéma avec maestro par Rainer Werner Fassbinder.

miércoles, 6 de julio de 2011

19. Et on tuera tous les affreux (Vernon Sullivan)


Depuis le périphérique engorgé de Barcelona Nord, il fallait prendre la sortie Canyelles jusqu’à la gigantesque rotonde Karl Marx (ça semblait un bon signe), puis laisser l’hôpital pour enfants sur la droite. Face au terrain de football, il fallait prendre à droite vers la montagne Segarra, puis tourner sur le premier chemin de terre à gauche, le camí[1] de Santiater, qui menait au cœur du Valls[2] d’en Más Deu, où se trouvait la terre des utopies, l’ancienne léproserie de Can Más Deu, sur laquelle flottait le drapeau noir des anars et okupas.  On était bien à Barcelona, la seule ville au monde qui ait vécu six ans sous gouvernement anarchiste, avant que les communistes du Poum n’y mettent bon ordre, sabordant le navire face à la sanglante avancée de l’armée fasciste.
Sur la carte que Dagmar avait descendue d’Internet, ça semblait facile. Mais Nils avait déjà plusieurs fois fait le tour de Karl Marx, sans parvenir à tirer au clair les panneaux écrits en catalan et remarquablement mal placés, tandis que Léa tournait nerveusement la carte dans tous les sens. Dagmar éclata de rire et les rassura :
-         Ne vous inquiétez pas. Je vois ce que c’est. Quelque chose comme une mesure  fossile sournoise qui a survécu depuis l’ère dictatoriale. On connaît ce genre de musique, dans l’ex-Allemagne de l’Est. Comme nos chers ex-dirigeants et camarades dictateurs ne désiraient pas que nous allions voir ailleurs, eh bien la solution facile et pas chère était de mettre en place une signalisation routière chaotique, embrouillée voire illisible…

Le chemin de terre Santiater était étonnamment bien entretenu. La raison leur en apparut quelques centaines de mètres plus loin : des punkies de crête orange ainsi que des rastafaris aux lourds dreadlocks s’acharnaient à tasser la route, remplir les ornières, arracher les mauvaises herbes, drainer les bas-côtés... Un panneau signalait l’entrée du parc naturel de Collserola, qui, depuis les montagnes ceignant Barcelona, dominait la ville. Celle-ci disparut soudainement derrière le mont Segarra. A présent ils étaient dans une forêt ombreuse et tortueuse de pins maritimes sculptés par le vent, qui exhalaient d’entêtantes odeurs de résine. Les cigales criaient leur désir d’amour, plus fort encore que le bruit du moteur.  Ils étaient dans un autre univers, à dix minutes de la trépidante Barcelona.

Jordi les accueillit au siège social des sans toit, le navire amiral okupa, l’ancienne léproserie de Can Mas Deu, puis les guida au travers des ateliers : mécanique, tuyauterie, récupération, jardinage, cuisine, etc. Niels s’était fait passer pour ce qu’il était : un journaliste norvégien. Les filles jouaient les assistantes et le suivaient, notant tout sur des calepins. On leur déroula les paillassons. A l’étage se situaient les chambres communautaires, où  le séjour était gratuit, et les chambres privées, que l’on payait à discrétion, au-dessus d’un minimum de 10 euros par nuitée. Toute la léproserie était alimentée en solaire, il y avait même un hamman qui fonctionnait grâce à un système récupéré d’une piscine. Léa s’intéressa aux panneaux solaires pour l’eau chaude bricolés, une reproduction de la « boîte noire » de de Saussure. Le tuyau noir de conduite de l’eau avait été entouré de bouteilles de plastique puis placé dans un cadre avec un couvercle de verre. Jordi assura qu’en une belle journée d’été, l’eau montait facilement à 90º. Heureusement qu’ils jouissaient aussi d’une belle et fraîche source d’eau pure. La conjonction des deux eaux permettait de prendre des douches agréables en toute saison. Mais l’alimentation en électricité était assurée par des systèmes solaires commerciaux. Jordi se lamenta sur leur coût élevé et expliqua comment leurs mères s’étaient cotisées afin que leurs fils rebelles puissent aussi jouir du confort moderne, indispensable pour les réfrigérateurs et les ordinateurs, la connexion à Internet. L’électricité solaire et tous ses aléas représentaient leur seule dépense fixe. A cet instant, un type bizarre, qui portait des lunettes noires, un costume italien et des dreadlocks tout à fait pourris, l’interpella comme s’ils étaient tous sur un Forum antique.
-         C’est sur que le solaire, non seulement ça ne fonctionne pas mais en plus ça coûte la peau des fesses.
-         Ecoute, Carles, ne nous fais pas chier. Je suis avec des Journalistes de Norvège.
-         Attends, Jordi, je veux dire quelques mots à monsieur… Quelle solution alors ? Acheter de l’électricité nucléaire à la France ?
-         Non, non, la municipalité ne veut pas nous connecter au réseau, soi-disant pour cause de Parc Naturel. Pour nous, qui vivons ici isolés, le solaire c’est un bon moyen de sortir de l’ornière. Mais ça n’empêche pas que les systèmes soient hors de prix. Sans subventions, c’est impossible. Ce n’est pas rentable comme forme d’énergie.
-         Non mais, tu crois vraiment que les autres sont rentables ? A-t-on vraiment intégré au prix du Kw/h charbon le coût du réchauffement climatique ? Quant au nucléaire… Rien qu’en Suisse, environ 15% des bénéfices nets des centrales nucléaires sont conservés sur un fonds, qui fonctionne comme une caisse de pensions (CAD soumis aux aléas de la bourse), qui sert en cas de coup dur et qui servira en fin de vie de centrale à affronter les surcoûts du démantèlement (aucun pays n’ayant mené à bien cette phase primordiale pour la sécurité des citoyens, les coûts de démantèlement ne sont pas estimés ni  intégrés au coût du KW/h nucléaire, de ce fait très bon marché). La Suisse, avec ses cinq centrales, possède déjà 4 milliards de francs suisses sur ce fonds. On peut s'imaginer que la France en crise, avec ses 57 centrales, ne possède pas un tel trésor de guerre. Dans le cas de Superphénix, une redoutable centrale française dont le démantèlement a commencé (et devrait s'achever en 2038), les coûts s'élèvent déjà à 4 milliards d'euros. D'accord, la technologie présentée comme étant de pointe au moment de sa mise en service a secrété au fil des ans un terrible poison très dangereux, un sodium radioactif qui s'enflamme au contact de l'air et explose au contact de l'eau, ce qui complique un peu le nettoyage. Pour le reste, disons les parties moins affectées de la centrale (80%), les Français le traitent comme de la poubelle normale, c'est-à-dire que les déchets de la déconstruction de centrales nucléaires sont dirigés à peu de frais vers les dépotoirs où la population accumule les ordures (souvent à proximité des agglomérations). Alors, de quels budgets cause-t-on ?
-         Votre point de vue est intéressant, répondit le zigoto. J’aimerais vous faire une interview sur ma radio, Radio-Solomon. Mon bureau est situé dans le barri Gotic de Barcelona. Si vous le désirez, je vous y emmène et je vous ramène après auprès de vos amis.
-         Il faut que je leur en parle mais je crois que ça peut se faire… pour une fois qu’on nous ouvre les ondes ! Pas question de rater l’occasion !
-         Je vais chercher ma voiture.

Tant Dagmar comme Nils ne voyaient guère l’escapade de Léa d’un bon œil. Il fallait qu’ils restent un groupe. Mais Léa insista, séduite par l’opportunité de séduire la Catalogne par les ondes. La voiture du zigoto était une confortable mais discrète SAAB. Nils, connaisseur de ces voitures de luxe du Nord, fit la moue et releva l’immatriculation. Ce n’était pas une voiture d’activiste.  D’ailleurs, qui était ce type qui emmenait Léa ? Jordi le connaissait seulement de vue, et depuis peu encore. Selon lui c’était un provocateur et surtout un emmerdeur.


[1] Chemin, en catalan
[2] Vallée, en catalan


miércoles, 15 de junio de 2011

15. Panne au Pyla.

Résumé du précédent épisode : de l’air enfin ! Les champs de betteraves inspirent Léa à confier son malaise de vivre en marge poursuivie pour survivre. Les autres essaient de lui soutenir le moral tandis qu’à Paname, Lebourrin accuse le coup de son incapacité à arrêter le trio infernal des activistes qui ont recruté Joël et son neveu Fred.


L’incroyable prototype glissa doucement sur la pente jusqu’à aller se loger sur le parking d’une station-essence, comme par miracle. Joël toisa son neveu avec sévérité.
-         Mon cher Frédéric, comme tu ressembles à ta maman…
-         Mais c’est une voiture solaire ! Sauf que j’ai du rajouter un petit moteur à explosion, au cas où le ciel serait couvert…

Comme pour souligner les propos bafouillants du génial inventeur, un orage vint crever au-dessus de la station-service, démontrant le peu d’étanchéité d’une carcasse de DS7 plaquée sur un prototype.
-         Tu parles d’un abri anti-nucléaire ! D’ailleurs je pense aller me réfugier dans ce bar, qui semble plein à craquer de camionneurs, afin de me ressourcer…, lança Dagmar tout en serrant la main de Léa comme pour l’entraîner sur son coup de tête.
-         Fais-nous de la place, poulette, on arrive… quand l’orage aura passé… Et au fait, tu veux que je te garde tes bottes ? tempéra Léa tout en se dégageant, délicatement mais fermement de l’étreinte.
-         T’es vraiment prête à n’importe quelle saloperie pour me faire passer pour une conne, pas vrai ? cracha, vexée que son amante ne la suive pas aveuglément.
-         Au fait, vous avez des sous pour la pause-café ? Parce que partir sans payer, étant sous le coup d’un avis de recherche et capture, ça ne la fait pas, que ce soit pour les cafés comme pour l’essence… ironisa froidement Nils.

Tous tentèrent alors de repêcher jusqu’aux centimes d’euros hantant le fond de leurs poches, avec un bien maigre résultat. Dagmar grogna.
-         Himmel. Mais toi, le Grand Inquisiteur de mes deux, t’as des thunes pour  poser une question pareille ?
-         Ouais… du pognon extracommunautaire… des couronnes norvégiennes…, avoua Nils
Le silence pesa sur les têtes et boosta les neurones affolés : comment subsister sans argent alors que l’on est en cavale dans une bonne vieille société capitaliste ? Joël était coutumier du fait, éternellement dépourvu de fonds, il avait fait plusieurs fois le tour du monde de cette façon. Sa joyeuse et élégante attitude militante lui ouvrait toutes les portes, débloquait toutes les aides nécessaires. Mais ici, dans la Brie profonde, cela fonctionnera-t-il ? Frédéric, quant à lui, retournait en vain la doublure de son blouson. Un orage éclata, soulignant le peu d’étanchéité d’une carcasse de DS7 posée à la hâte sur un prototype de voiture solaire. L’adolescent  soupira en s’abstrayant dans la contemplation de l’obscur restaurant de la station-service.
-         Ils n’ont même pas le logo « carte de crédit » sur leur porte…. Au troisième millénaire, ça craint et je crois…. Observa-t-il, dépité.
-         SHHH !!! Ça y est, je tiens le bon bout !  interrompit Joël, les synapses en accéléré. Frédéric, mon petit, en dépit de notre panne de moteur, la connexion wifi serait-elle en état de transmettre ?
-         Affirmatif mon capitaine, rugit Dagmar qui avait déjà ouvert et connecté son mini ordinateur portable.
-         Bien, ma petite Dagmar. J’ai horreur qu’on m’appelle mon capitaine. C’est pas pour rien que j’ai déserté quand j’avais ton âge. Peux-tu te rendre sur http://dsk.1357.hjfyk.8429.kr comme nom d’usager tu mets « Ltd. International » comme mot de passe « admin ».
-         Sans blague ? Ça marche encore ? Mis à part ça, je ne te reconnais pas le droit de m’appeler « ma petite Dagmar »…  Putaaaain. Mais qu’est-ce que c’est que ce bin’s ?
-         Disons le coffre-fort d’une multinationale spécialisée dans le blanchiment industriel, avec des agences dans tout paradis fiscal qui se respecte. J’ai eu les codes par leur comptable, qui, se mourant des conséquences du Sida, désirait se racheter son Karma… Donc, tous ces comptes et la fortune qu’ils représentent…
-         Est de l’argent qui ne sera jamais réclamé ni dénoncé par les véritables propriétaires ! termina Dagmar.
-         Bravo ! salua Joël, mais nous devons aussi nous protéger car ces gens-là peuvent être très très dangereux. Donc Dagmar peux-tu transférer quelques dizaines de milliers d’euros, de préférence depuis plusieurs de ces comptes ? Le compte de destination quant à lui doit avoir été peu utilisé, ne doit pas être repéré. Il sera fermé aussitôt la transaction achevée et l’argent retiré. Nous devons nous rendre dans une ville suffisamment importante pour que la succursale bancaire dispose des fonds qui nous sont nécessaires. Je pense que Frédéric mon neveu est le plus indiqué d’entre nous. Il n’est pas surveillé ni même repéré. Mais j’ai des scrupules quand je pense au savon que va me passer ma sœur...
-         Ça y est, glapit Dagmar pianotant sur son clavier, j’ai une succursale de la BNP à Douai, à côté de l’Imprimerie Nationale. C’est de là que partent les billets pour la France entière…
-         Tonton, les amis… Juste pour vous dire que je suis très honoré de mettre mon compte en banque à votre disposition… Je suis tout juste majeur et vacciné et je viens d’ouvrir un compte à la BNP… Allez, on est presque obligés de le faire, avec tous ces billets neufs et non marqués qui nous attendent…
-         Mon petit, je suis fier de toi…avoua Joël, les larmes aux yeux
-         T’inquiètes, je t’arrangerai le coup avec maman… le rassura Frédéric
-         Les transferts sont en chemin vers ton compte, confirma Dagmar
-         Il faut juste trouver le moyen d’arriver jusqu’à Douai avant 13h… soupira Léa, tête basse.

Un rutilant poids-lourd design d’une entreprise suédoise de téléphonie fit miraculeusement apparition sur l’aire de parking de la station-service tandis que l’orage se calmait. Nils parut se réveiller soudain. Il s’éjecta de la voiture, déplia son grand corps et se dirigea vers le camion. Le conducteur baissa sa vitre, il était blond comme Nils, il parla un instant avec ce dernier avant de le faire monter dans son camion.
Lorsque Nils revint vers la voiture, il arborait son sourire des grands jours.
-         C’est un suédois, mais il vit juste à côté de chez moi, de l’autre côté de la frontière. Il nous emmène à Douai, mais pas question de lui proposer de l’argent. Il a catégoriquement refusé à l’avance et je m’en voudrais de le blesser…

Dagmar, à son plus profond dépit, fut consignée de garde à la voiture. Joël jugea prudent de lui adjoindre sa chérie. Léa se chargea d’étouffer les dernières récriminations de sa copine entre embrassades et missions spéciales.
-         Partez tranquilles les garçons, on va étudier les itinéraires en votre absence et on vous fera plusieurs propositions…

Une fois l’équipe masculine embarquée dans le poids-lourd, Léa tenta de réfléchir. Il n’était pas question de continuer à fuir droit devant, il leur fallait un plan d’action. Il fallait tout d’abord estimer ce que l’ennemi penserait qu’il serait. Probablement les flics contrôleraient les voies d’accès à l’Allemagne. La transaction de Douai serait certainement repérée rapidement et les confirmerait dans leurs intuitions. Il fallait donc s’enfuir vers le sud-ouest, alors que les forces de contrôles seraient orientées vers le nord-est. Ils s’attendraient à nous voir sur les routes secondaires, ce qui rendait les autoroutes une option plus sûre, en dépit des caméras des radars. Léa se plongea dans l’étude du côté gauche de la France. D’après la carte, il semblait y avoir une large bande de côte Atlantique, en-dessous de Nantes, relativement peu peuplée. Pas de grandes villes, peu de villages, beaucoup de forêts et une plage infinie pour y être perdu de vue.

Les hommes étaient revenus en taxi anglais, égaré dans le Nord de la France, avec des sacs bien remplis et une bouteille d’un bon champagne Veuve-Clicquot.
-         C’est pour fêter mon entrée en dissidence ! proclama Frédéric
-         Dis plutôt en délinquance, mon trésor… grimaça  Dagmar.
-         N’exagérons rien… Tout au plus un impôt révolutionnaire… Faisons plutôt le plein de cette foutue voiture solaire…

Léa déploya la carte de France et signala la zone qu’elle avait repérée. Frédéric réagit immédiatement.
-         Oh, super, la dune du Pyla !  J’ai des potes qui font du surf là-bas !
-         Parfait, conclut Joël. Ils vont nous apprendre à tenir sur une planche.
-         Euh… tonton, ça m’étonnerait… Ils sont tous en train de s’entraîner pour passer dans le circuit professionnel… Mais ils nous feront certainement de la place dans leurs caravanes…
-         Bon, je m’occupe du plein et on fonce vers la dune du Pyla.

Nils s’activa aussitôt  et, sans que l’on puisse déterminer si sa prestance ou celle des billets de cinquante euros frais, lisses et encore craquants, avait emporté le zèle du pompiste, qui alla jusqu’à nettoyer l’immense pare-brise de la DS7. Le soleil brillait à nouveau dans le ciel et les batteries chargeaient correctement.
-         A2, A11, A33, A20, dicta abruptement Léa.
-         Tu joues à la bataille navale ou c’est un mantra ? pouffa méchamment Dagmar
-         M’enfin ! C’est la route qu’on doit prendre si on veut éviter Paris !

Quelques centaines de kilomètres plus loin, Dagmar avec acharnement bouffait du sable blond, cramponnée aux oyats tandis que Léa lui criait d’abandonner, depuis l’escalier qui montait au sommet de la dune du Pyla.
-         Ach so ! Parce que sans doute tu t’imagines avoir une vision réaliste de la situation ! Moi, ce qu’on m’a appris c’est que pour avoir une vue générale, il faut prendre de la hauteur ! Tu préfères prendre le chemin marqué, quitte à toi. Moi, je choisirai toujours la voie alternative !
La réponse de Léa lui parvint entre les hululements du vent :
-         Tu n’as aucune chance contre ces millions de mètres cube de sable ! Evite le ridicule, redescends !
-         Je ne redescendrais que dans une glissade de 250 mètres, depuis le sommet de la plus haute dune d’Europe!

Tout là-haut, on était à hauteur des mouettes, qui se laissaient bercer dans les courants ascendants en fermant les yeux. Le silence était zébré de leurs rires et des feulements des vents, qui parfois s’opposaient en tourbillons spectaculaires. Seuls les oyats parvenaient à y résister. Les deux filles se rapprochèrent de la pente douce de la dune, d’où elles aperçurent Nils, transformé en surfer norvégien, menant la bande de copains adolescents de Frédéric à l’assaut des vagues. Ils lui confièrent ensuite avoir eu la sensation d’un assaut à un char de CRS, c’était très exaltant le surf arctique !

Mais où était donc Joël ? Planqué dans la caravane des jeunes surfeurs, il réactivait certaines connections siennes avec l’Islande. Pas question de laisser Webactu planté là, Titanic d’Internet, à cause des jaloux saboteurs amateurs de la DGSE. La réponse, sous connexion belge, ne se fit pas attendre. « Toi et ton équipe sont invités en pension complète à Rejyavik ». Ce qui signifiait que Julian Assange, l’âme de Wikileaks serait présent dans la capitale islandaise, lui aussi…