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L'une vit au milieu de la Méditerranée, l'autre sur les rives de l'Atlantique. Ils ne se sont jamais vus mais écrivent à quatre mains et deux citrons givrés.
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lunes, 5 de septiembre de 2011

24 : Depuis le Panorama de Berlin, Dagmar s’épanche à court terme !


Résumé du précédent épisode : A Zegg Joël se répand entre les seins géants de Zelda quand par hasard, ils tombent effarés sur une bande vidéo qui indique que Zegg a été créé par les services secrets de l’Allemagne de l’Est ! Léa n’est pas en reste à Barcelone où Alexandre son amant lui apprend que Greenpeace en Angleterre a frayé avec les farines animales dans les années 70. Dagmar dégagée de ces contingences ne pense qu’à s’éclater durant trois jours.

Dagmar étanchait sa soif d’amour en pestant contre Léa son échappée belle, dans un monologue opaque entre les bulles de sa cinquième Berliner Kindl[1].
-         Née un 13 août 1989 à quelques mois à peine avant la chute du Mur de Berlin, de parents qui naquirent morts de rire en 1961 au 15 de la Strasse Toleranz située à quelques mètres du Reichstag, l’année de l’érection de cette protection antifasciste selon le point de vue encore en rigueur dans la partie Est de ma tendre jeunesse. Je m’en lave les fesses ! Fi du lavage de cerveau de mon pater en odeur de sainteté avec le régime du faux cil et du marteau. Laisse béton, mec, où j’t’en fiche une !
Le zigue éconduit repartit la queue basse en pestant une injure dont la capitale berlinoise avait la saveur, du style : espèce de pute du Ku’damm, fourre toi du clacos jusqu’à l’os[2].
L’estomac barbouillé et les idées qui prenaient le large, Dagmar flageola jusqu’aux toilettes, tandis que toujours plus haut, le son d’un mix académique à rétamer un rat dans l’eau des égouts de Berlin abonné aux basses fréquences, vous tambourinait les tympans. C’était comme toujours cette enseigne à l’effigie d’une vulve géante qui, comme un aimant, avait attiré Dagmar au Panorama, un club branché. Clin d’œil à ses folles nuits d’antan, quant au détour d’un regard et d’une jupe ras le zonzon, elle avait croisé Léa qui s’envoyait en l’air dans un remix assourdissant sur les sons obsédants du dj pilleur des meilleurs ziziques des années 70. Ça avait collé aussitôt la trempette dans les toilettes entre les deux nanas. Un je ne sais quoi d’envergure à prendre le rut par le con et décharger le saint-frusquin de toute sa cargaison des mouillettes. 
On était le 13 août 2011, comment Léa avait-elle pu oublier l’anniversaire de leur rencontre ? Elle la savait avec un drôle de type louche qui se faisait appeler Alexandre, le bien heureux ! Pour une fois, elle accordait toute sa confiance à la force tranquille de Nils, le géant, pour qu’il lui rétame la bouille à coups de pognes et coups de lattes bien pensées en souvenir de sa virilité. Elle lui avait même demandé qu’il lui envoie fissa la photo de la tronche de l’autre pourri. Toujours aucune nouvelle ! Quant à Joël, il devait s’éclater à tous les sens du terme à Zegg. Elle s’en fichait, elle se fichait de tout. Elle était entrée le jeudi au club dans la ferme attention d’un ressortir sur les rotules le lundi soir, sans plus savoir dans cet univers entièrement bouché à quelle heure de quelle minute elle se situait. Une revanche en quelque sorte à la valeur qu’elle accordait à son futur proche, quand les cognes auraient mis la main sur elle et tous les autres activistes. Vivre en vase clos, vaste programme… Bien entendu, comment tenir le coup sans un quelconque remontant. Les chleuhs en parfaits hypocrites y connaissaient un rayon planque et tête en extase. Il suffisait de tremper son index dans la sauce, une mixture blanche, un remède de cheval qui prenait la place des clopes dans le paquet et ni vu ni connu l’embrouille. Cool l’ambiance !
C’était complètement dingue, comment les promoteurs de rêves de la société de consommation et les maffieux de l’ex bloc soviétique s’étaient appropriés les cités dortoirs complètement déglinguées, côté Est. Comment une centrale électrique désaffectée avait rempilé ses volts pour que le tout Berlin branché et même les touristes étrangers débarquant par charter, viennent se bouger le popotin à la santé du nouveau Berlin désaffecté de la vermine coco.
Déjà à 18 ans, elle s’était barrée de la casbah de ses vieux qui ressassaient le discours encore en vigueur contre les « contrebandiers » et autres « déserteurs » de la République démocratique d’Allemagne qui vendirent dans les années 60 leur force de travail à l’ère capitaliste yankee, alors que le pays avait besoin de tous ses bras pour redresser la barre et tenir la tête haute face au grand frère soviétique. 
Les alternatifs du Kreutzberg cosmopolite (à l’époque encore le quartier turc de Berlin), du moins ceux qui subsistaient, l’avaient accueillie dans un squat sans rechigner ni lui poser de questions, même si encore et toujours le Mur dans la tête pouvait encore signifier que les Ossi prenaient les Wessi pour des lanternes[3]. Retour à l’envoyeur, c’était de bonne guerre économique, après la chute du Mur, petit à petit, avec la flambée de prix, les proprios remirent la main basse sur leur magot des immeubles que les alternatifs avaient entièrement rénovés et s’empressèrent de les faire virer et les envoyer paitre à la périphérie des quartiers situés à l’Est. Les bobos friqués vinrent s’encanailler à Kreutzberg qui avait perdu presque définitivement son franc-parler politique en actes.  
Auparavant et durant l’existence du Mur, plusieurs générations avaient senti le filon. Sacré aubaine pour créer une vaste utopie dans une ville en vase clos où les mâles en état de se battre pour la patrie ou ne serait-ce que porter l’uniforme échapperaient au dogme guerrier et seraient suspendus de cette corvée. Les universités avaient créé les fruits de l’effervescence. Quand, comme de bien entendu, dans les années 1968, Berlin la rebelle s’enflamma. Simple coïncidence ou correspondance des genres avec la naissance des activistes politiques du groupe Baader / Meinhof ? Les sus dénommés terroristes par la sociale démocratie totalement dépitée qu’on lui vole la vedette. La RDA sœur ennemie pigea immédiatement les ressorts qu’elle pouvait tirer de cette agitation politique. En sous-main et arme vengeur, elle accorda l’asile et même l’anonymat sous une nouvelle identité pour certains activistes de l’autre rive qui ne se montraient pas trop réticents à un lavage de cerveau. La chute du Mur représenta aussi une chute libre pour les ex activistes de l’Ouest qui s’étaient planqués à l’Est. Dénonciations et remise à jour des fichiers de recherche des terroristes par les services secrets de la chasse aux sorcières des années 70, tout un programme bien rodé !
Toute une génération née avec la chute du Mur et de grands parents nazis, marquée par cette époque charnière abdiqua et consentit à se mouler  dans la société de consommation et un certain confort matériel complètement artificiel. Tandis que Dagmar et une minorité s’engageaient dans les mouvements alternatifs et anti-nucléaires en lisant Baader et Meinhof.

S’écroulant dans les toilettes devant la défaite de sa pensée en égard de sa si courte existence, Dagmar but la tasse et se vida de son trop plein de haine envers l’homme qui lui avait volé son amour fou.
-         Je te tuerai, je te tuerai et te ferai bouffer tes rognons aux petits oignons !
C’est alors qu’une frangine la pris dans ses bras pour la réconforter. Elle avait les seins légers et un doux goût d’anis entre les cuisses. Ce que ne savait pas encore Dagmar, c’est que la donzelle apitoyée n’était pas à côté de la plaque mais en service commandé pour lui soutirer des informations. Sa survie à elle représentait une question cruciale. Comme si en échos, on entendait encore les cris dans les cachots des opposants au régime. Une certaine réminiscence des nostalgiques de la Stasi[4] en sursis, en quelque sorte ! ?  




[1] L’une des deux plus fameuses bières de Berlin qui se décline en brune ou en blonde.
[2] Référence à la grande artère de Berlin Ouest du grand bazar commercial où on trouvait tous les produits du monde dont le célèbre camembert, alors qu’à l’Est les bananes faisaient fureur. C’est resté dans les humeurs.
[3] Ossi ex habitants de l’Allemagne de l’Est et Wessi, allemands de l’Ouest
[4] Ex police politique Est allemande

viernes, 12 de agosto de 2011

23. Archéologie alternative

Résumé du précédent épisode : Dans le train vers Berlin, Joël et Dagmar croisent un membre actif du collectif des artistes russes de Voïna. Dagmar est évasive. Quant à Joël, il est conquis. Arrivés à Berlin, Dagmar lui fausse compagnie. Joël doit se rendre seul à Zegg…


« Joeeel ! Mais ton nom est un cri de joie qui illumine le monde entier ! »
Le rédac’chef tenta de cerner le sujet de ses bras maigrichons mais Zelda, poétesse tchèque, l’un des plus vieux piliers de Zegg, s’échappa une fois de plus, mue par une féline agilité qui ne semblait compatible avec ses formes opulentes. Ses yeux brillaient, ses seins frémissaient dans son décolleté.
-         Prune maligne
Mes yeux te déshabillent
Ma bouche supplie ton eau    
Implore ton don sans conditions
J’intégrerais ta substance
Lentement je te dévorerais…
-         Zelda ! Ma Safo !
-         Ouiiii ! J’adore les femmes autant que les hommes !
-         Attends-moi, chérie, je viens…
La poétesse tchèque s’enfuyait, toujours hors de portée, pour instantanément revenir le provoquer. Elle s’accrocha à la balustrade en faisant saillir ses fesses splendides. Son chemisier remonta le long de son échine, découvrant une moulure art déco tatouée au creux de ses reins. Zelda semblait cracher du feu lorsqu’elle chantait le grand air de la Traviata en s’enfuyant aux étages supérieurs. Joël se sentait perdu et désirait se perdre plus encore dans ce labyrinthe de la communauté Zegg où elle l’entraînait.
-         Comprends-moi, je me charge de vérifier tes connaissances et aptitudes pour l’amour libre ! Peux-tu éviter tout sentiment de possession ?
-         Mais ma petite demoiselle de Prague, j’ai étudié, qu’est-ce que tu crois ? Viens donc par ici voir dans ma culotte, j’y ai tous mes diplômes !
-         Rattrape-moi, escargot ! Et sais-tu que les gastéropodes ont tout pour me séduire ? Car ils sont hermaphrodites, les chéris ! Hihihi !
-         Attends-moi, mon cœur, je te démontrerais que je suis une lesbienne patentée…
C’était dans un grenier que se jouerait le jeu. Zelda tournoyait sur elle-même, s’enroulant dans les toiles d’araignée qui formaient des étoles. Elle trébucha sur une cassette vidéo et s’écroula sur une caisse d’où sortit beaucoup de poussière et quelques autres cassettes vidéo hors d’âge. Joël s’apprêtait à sauter sur l’appétissante tchèque mais au dernier moment, l’intitulé d’une cassette vidéo attira son attention : « Réunion Wolf-Momo automne 87  Projet ZEGG».
-         Dis-moi très chère, ne sommes-nous pas en train d’essayer de faire l’amour dans la mémoire de Zegg ?
-         Viens, espèce de fou ! Tu m’exciiiiiiites !
-         Range tes phérormones deux secondes… Faut que tu me trouves un magnétoscope en état de lire cette vidéo de toute urgence…
-         … Tu es au paradis de la récupération, l’ex-Allemagne de l’Est… Viens dans ma piaule, mon magnétoscope PAL se défend pour son âge… Et je peux même te faire une copie à DVD…
-         Je suis fou d’amour pour toi, Zelda. Allons-y tout de suite…
Finalement, c’était encore plus horrible que ce Joël avait imaginé. Même Zelda, qui vivait à Zegg depuis 35 ans, proposa de quitter les lieux au plus tôt. Markus Wolf, le chef des services secrets de l’Allemagne de l’Est, avait choisi Zegg, la communauté de l’amour libre, comme base d’un réseau mondial d’espions spécialisés dans le sexe en tant qu’outil politique. Tout au long du film, il en discutait avec un certain Momo, ancien de mai 68 viré soviet qui semblait au fait des réseaux alternatifs français et allemands. Ce dernier affirmait que dans les orgies se retrouvaient tant les partisans de l’amour libre que d’anciens militants « tout un potentiel de propagande » que l’on pouvait « utiliser pour des buts plus élevés ». Les deux compères faisaient l’inventaire des magouilles de coercition sexuelles qu’il était possible d’employer afin que les politiciens prennent le juste chemin.  « Sans compter les éventuelles rentrées d’argent… » ajouta Momo avec un clin d’œil graveleux insupportable.

Joël et Zelda, terrassés par la révélation, infortunés spectateurs découvrant leur clan trahi et traître, n’osaient plus se toucher, tant l’amour avait pris une connotation infecte. Le magnétoscope disjoncta de lui-même, sans doute écœuré, après que Markus Wolf eut expliqué avec clarté comment discréditer les « militants trop remuants, comme les anti-nucléaire » par « des tactiques de mouillage en eaux troubles », comme par exemple envoyer des filles Zegg sur les sit-in anti-nuke.
-         On est toujours un peu manipulés, non ? risqua Zelda dans le silence qui s’était installé
Elle saisit la main de Joël et la tint serrée dans la sienne, entre ses seins. Joël pensa tout d’abord à se dégager puis la chaleur convaincante de Zelda le gagna et, pour la première fois de sa vie, il s’effondra en larmes. Les seins de Zelda exhalaient un parfum qui les rendait douces. La poétesse tchèque chantonna dans sa langue rocailleuse puis :
-         Joël, je crois que tu es arrivé ici juste à temps. Il faut laver Zegg de sa propre histoire. Parce que le concept Zegg est beau, et qu’il reste beau même si un fou sanguinaire cherche à se l’approprier.
-         C’est vrai que ce n’est pas parce qu’Hitler a créé les autoroutes ou la berline familiale qu’on a arrêté de voyager…
-         T’as du pain sur la planche, mon coco… Va falloir démonter tous les péages mis en place par ce salaud de Markus Wolf… Tu connais des gens qui peuvent nous aider ?
-         C’est la cuadrature du cercle, ma chérie… Je viens juste de rencontrer un groupe d’activistes russes. Ils se nomment Voïna…
-         D’anciens soviets, tu veux dire ? Ce serait parfait pour démonter le travail fait pour leurs ancêtres !
-         L’Utopie n’est pas morte, ma Zelda !

Alexandre, de son côté, tentait de faire entendre le même genre de raison à Léa, mais elle était tout aussi rétive que Joël.
-         Je te dis que les Verts et Greenpeace ont permis l’abaissement des températures des farines carnés, regarde les heures de la Chambre des Lords, c’est écrit noir sur blanc pour l’année 1977.
-         Et pourquoi ils auraient fait ça ?
-         Est-ce que je sais, moi ? Peut-être cru ont-ils que les farines carnées données en pâture à des herbivores étaient une forme de recyclage ? Peut-être désiraient-ils ne pas être jugés comme de dangereux communistes pour leur premier mandat d’élus ? Peut-être Margaret Tatcher leur a-t-elle promis des poubelles recyclables ?  Peut-être y a-t’on mis le prix ?
-         Tout a un prix, merci, je sais. Il se trouve que je paye le tarif plein pot et que donc je n’accepte pas qu’un traître me donne des leçons à la noix en disant du mal de mes amis.
-         Ta gueule, poupée d’amour, je crois qu’on a de la visite…

Léa, furieuse, balaya d’un grand geste théâtral le rideau cramoisi de l’hôtel, dévoilant ainsi l’étrange panorama de la rue Arc du Théâtre. C’était comme une impasse qui donnait sur les Ramblas, où l’on voyait encore des graffitis sur les murs et où les vieux pervers venaient encore pisser en mémoire des glorieuses putains qui s’y aggloméraient en des temps plus folkoriques. Un touriste européen du Nord, blond, de haute stature, prenait des photos de la pierre ou arrêtait les passants pour leur poser des questions. Il semblait chercher quelque chose. Lorsque Léa parvint à scanner son déguisement, ses pupilles se dilatèrent. Alexander, qui la rejoignit à ce moment-là, l’étreignit de façon à ce qu’elle ne puisse ignorer l’excitation qui le reprenait. Sa main poilue alla fourrager sous la robe de Léa, tandis qu’Alexander la maintenait plaquée contre la vitre. Le pouls de Léa s’accéléra. La seule pensée qu’on puisse la voir en situation délicate la faisait frémir. Alexander profita sans vergogne de cet état de fait, introduisant ses doigts préalablement sucés dans l’intimité de Léa. Lorsque Nils passa tout à côté sans les voir, l’orgasme la bouleversa alors qu’Alexander la bâillonnait. Après il fuma une de ces cigarettes russes à filtre doré. Alors qu’il la passait à Léa, encore étourdie :
-         Qui c’est ce pédé ?
-         Je peux t’assurer qu’il n’est pas seulement pédé…
Alexander tira sur sa cigarette sans le moindre commentaire. Léa se refusa à imaginer une rencontre de ces deux hommes. Puis brusquement, comme par hasard, elle ne put s’empêcher de penser à Dagmar. Que serait-il advenu de sa tendre amazone ?

jueves, 30 de junio de 2011

18. Léa se lance et balance à bouche que veux-tu !

Résumé du précédent épisode : En Euskadi, les activistes ont fait bombance avant de manifester à la centrale du Blayais. Sauf que, faute à pas de chance ou inconséquence, leurs bouilles se sont affichées sur l’ordinateur de Lebourrin qui convie un étrange personnage avec lequel il est sur le point de passer un marché.

1.                 T’es complètement dingue mon amour ! Tu ne peux pas rencontrer ce pseudo journaliste qui peut se cacher sous la casquette d’un flic, c’est trop risqué.
2.                 Calme toi ma belle teutonne aux obus divins, Nils va m’accompagner. Je ne risque rien.
3.                 Léa, dans ce cas je viens avec toi.
4.                 Désolée ma chérie d’amour tu risques de tout faire foirer. La vision de burnes sous un pantalon te donne la gerbe et la haine.
5.                 Je serai sage comme une image, je serai la garde rapprochée de ton  corps.
6.                 Justement, il n’en est pas question.
Dagmar sortit de la caravane en claquant la porte.

Frédéric, passablement amoureux, était parti surfer sans les vagues à l’âme familiale, avec Hegoa au Mexique et la bénédiction de Joël. De retour pour un bref passage en Gironde, Léa avait été contactée par un chroniqueur girondin, un certain Franck le Bartos, de mèche avec le groupe Joan Pau Verdier[1] d’Aquitaine. Il lui proposait une interview libre de propos pour s’expliquer et se défendre contre le réquisitoire des pandores qui lui courraient aux basques. Le zigue écrivait pour un webzine basé à Paname. Il avait la plume pas du tout à l’ordre du jour des convenus journalistiques. Léa était intriguée. Nils comme à l’accoutumée était septique comme une fosse bouchée et Dagmar rêvait de lui tordre les couilles pour lui apprendre à se couper la nouille à ce con.
Ils avaient rencard à l’Estaminet d’Uzeste, le quartier général musical textuel de la Compagnie Lubat[2] dans l’autogestion des sons festifs et vivants de Gasconha.    Nils sur sa bécane avait repéré les lieux. La voie était libre. Le Bartos était ressorti avec Léa qui le menait à la bagnole où elle lui attacha les poignets dans le dos et lui passa un bandeau sur les yeux. Les activistes fouillèrent le chroniqueur la bouche en cœur et ne décelèrent aucun micro néfaste caché sur lui. Nils prit le volant et emmena le joyeux aéropage vers une plage encore déserte. Ils décidèrent de tous les critères idoines pour accepter que Léa se fasse tirer le portrait et donne de la voix devant un fond neutre représentant le port d’Honfleur, qu’avait confectionné Nils, histoire aussi de brouiller un peu plus les pistes. L’interview eut lieu d’une traite avec des questions ouvertes. Ce qui permit enfin à Léa de mettre une bonne fois pour tous les points sur les i. Elle fulmina contre sa condition de sans toit ni loi qui lui était imposée. Elle était innocente de tous les méfaits explosifs contre la rédaction de Webactu et pas du style à se faire sauter le caisson avec ses amis journalistes. Les accusations devaient se porter du côté des renseignements généraux à la solde de la clique du sarkophage et des grands patrons du nucléaire français qui voulaient garder leurs avantages sur cette énergie imposée par la force et contre le gré des populations, depuis les années Giscard. Fukushima avait prouvé les dangers avérés du nucléaire civil sans en tirer tous les enseignements. Elle ne pleurait pas Anne Lavergerond virée de son poste de grande propagandiste en chef de la nucléocratie à la française. Sans doute qu’à force de bétonner ses centrales, son compteur Geiger avait dérapé ! Celle-là même la mieux défendue par le coq du ps, le F. le Hollandais qui pourrait devenir président de la république en 2012 ! Bonjour le cauchemar radioactif, la rose au poing. Celle qui fut aussi une proche collaboratrice de Tonton premier dans les questions de stratégie économique. Avec DSKAS, encore lui, qui la nomma PDG de la Compagnie générale des matières nucléaires qui deviendra Aréva. Combien la chère très chère dame allait-elle toucher au chomdu, sachant que son salaire s’élevait à la bagatelle de 1,12 millions d’euros par an ? Avec une telle somme on pourrait lancer l’idée des panneaux solaires pour toutes les habitations. Et puis pour une fois qu’elle pouvait s’exprimer. Léa se lâcha contre les ayatollahs pseudos scientifiques officiels qui pourrissaient les médias de toutes leurs inepties. Ce Luc Ferryboat, arnaqueur universitaire glandos, qui fit entrer au Conseil d’analyse de la société (un simulacre d’incapables) Amélie de Bourbon-Jambon de Parme épouse d’un des frères Boudinof. Sachant que les frangins avaient pondu récemment une nouvelle arnaque intellectuelle (une de plus !) tant scientifique que rationnelle touchant cette fois les hautes sphères du cosmos, qui aurait été conçu selon un haut jet de foutre divin ! Sachant aussi, digne retour de manivelle entre ami, c’était le féru Ferryboat qui écrivit la préface de ce chef d’œuvre ! Toutes les obédiences putatives étaient représentées dans cette noble assemblée…
7.                 Hum, hum, vous ne trouvez pas qu’on s’éloigne un peu du sujet, tempéra le Franckos un peu dépassé par les évènements ?
8.                 Tu me laisses parler ou je me barre, compris ? J’abrège aussi les facéties du Claudio Allegro qui soutient mordicus l’inexistence de l’amiante dans les soutes de la fac de Jussieu, alors que j’étais sur le point de le démasquer, avant que cette bombe ne me détruise l’existence. Je finis. Dans cette société des amis du Ferryboat, on y trouve  tout droit sorti du chapeau du magicien Gnangnan: un cureton, un rabbin, un islamologue et même en cas de maladie avérée, la directrice générale en charge du laboratoire Servier qui pouvait vous sauver la vie en vous proposant son bonbon favori : le Mediator ! Passez la monnaie et les tours de passe-passe… Toutes ces crapules accaparent les médias et évincent les instances objectives et les associations indépendantes à propos du nucléaire. Je vous demande un peu, pourquoi la médiocratie, pour remplir la part de cerveau disponible et la panse grasse, vogue grand largue sur la populace abrutie et désinformée ?
Elle termina son numéro de trapéziste avec son hiatus dont elle était le plus fière.
9.                 En matière de nucléaire, il n’y a que les failles qui aillent à la France. Boum quand le nucléaire fait boum. Rideau.
Afin de garder le contrôle complet sur l’enregistrement, Nils subtilisa l’enregistreur des mains du Bartos.
10.            C’est nous trois qui retranscrirons l’enregistrement et qui te ferons parvenir le résultat près à publier.
11.            Mais, je ne te travaille jamais de cette manière !
12.            C’est ça ou rien du tout, pigé mec ?
Devant l’air menaçant du géant le chroniqueur remballa ses remarques.

Pendant que ça gaussait dans le sud-ouest, à Paname, l’homme en costume cravate de marque qui se prenait très au sérieux ouvrit une enveloppe remise par Lebourrin. Elle  contenait des renseignements pointus issus du réseau national de surveillance des citoyens. Lebourrin, en tant que fonctionnaire trop pingre de son salaire de misère, savait offrir ses services au plus offrant. Il en était même assez fier finalement. Mis en confiance dans ce contexte de complaisance des sens et des révélations onéreuses, Lebourrin tenta une légère inclinaison à porter de la voix.
13.            Vous savez peut-être déjà où ils logent en France ?
14.            Il sentait bon le sable chaud, mon légionnaire. Abruti, tu connais ?
15.            Faut que j’en cause deux mots à Madame Romano.
16.            C’est qui encore celle-là ? C’est une indic ?
17.            Oui et non, ce serait trop long à vous expliquer, n’empêche…
18.            Ferme ton clapet. J’y vais. Je te tiens au courant. Motus et bouche cousu à propos de notre accord. Sinon….
Il mima le sourire kabyle qui riait aux éclats.

19.            Les filles, les filles, Joël nous a déniché une planque fiable à Barcelone : Can Masdeu[3], une ancienne léproserie !
20.            Tu charries mon pote, après le Père Lachaise, tu nous enterras tous ! Je préfère encore les sushis radioactifs !





[1] Joan Pau Verdier : auteur/ compositeur/ interprète franco/occitan : http://joanpauverdier.free.fr/actualite.htm
[2] Bernard Lubat : scatrap jazzcogne : www.cie-lubat.org/Oeuvriers/Bernard-Lubat
[3] Les sentiers de l’utopie, un livre film d’Isabelle Fremeaux et John Jordan, éditions Zones, 2011


viernes, 20 de mayo de 2011

12. Au bout du tunnel, on s’éclaire au nucléaire !

(Résumé de l’épisode précédent : Boum comme un concert d’atome en fusion, ça se bouge la terre ferme en sous-sol aux pieds des keufs. Dans le tunnel, on n’est pas bégueule mais bien sonné ! Dagmar la géniale hackeuse tire sur des câbles pour entrer en contact avec les activistes en surface, s’il en reste !)

Les narines aérées loin de l’air de Paris, Lebourrin savourait un instant dévot devant les tenants et les aboutissements de la coco, son dérivatif favori. Instant, suspend ton vol, les us et coutumes en usage dans la maison poulaga ne lui laissaient qu’un court répit.
-          Chef, chef on a localisé les terroristes. Derrière la plaque en métal, il y a un tunnel et c’est la seule issue possible. Qu’est-ce qu’on fait ?
Le tarin bourré aux vitamines, le commissaire voyait la vie en rose. Dans un souffle de dragon qui en disait long sur ses intentions, il ordonna :
-          Qu’on les gaze ! Exécution. Ces rats ne peuvent plus m’échapper.
En sourdine, il projetait déjà la légion d’honneur. La rosette à côté de celle de Lyon, ce n’était pas du bidon, doux Jésus !
Il déplaça sa carcasse jusqu’au PC des opérations, roulant des mécaniques à la manière d’un John Wayne qui s’en va délivrer La Prisonnière du désert des trois méchants activistes.

En bas, c’était la messe basse de tous les possibles.
-          Ecoutez ça : Non, Nicolas la Commune n’est pas morte. C’est dingue, c’est Joël !
Dagmar se jeta dans les bras de Nils.
-   Vise un peu, Léa se réveille, occupe-toi d’elle. Je vais aux nouvelles.
Un flot interrompu d’infos jactait par le clavier de Joël qui balançait tout ce qu’il savait. Hiroshima, Nagasaki, Fukushima même combat ! La totale mais pas du tout fatale car déjà très prévisible! Puisque le 16 juillet 2007, un séisme de grande ampleur avait frappé le Japon au cœur de la plus grande centrale nucléaire du monde, celle de Kashiwasaki[1], avec un festival de fuite radioactive et un début d’incendie. Les valeureux ingénieurs nucléaires furent complètement dépassés par les mouvements au sol qui avaient été jusqu’à trois fois plus rapides que le maximum calculé. Ils ne se démontèrent pas pour autant et le rire dans les bouteilles de saké retentit tonitruant un optimisme de bon aloi. Nos centrales sont tellement résistantes que rien ne peut les ébranler. La preuve ! Etonnant non ?  Tchernobyl à côté chez les popofs, c’était du bluff ! Jamais au grand jamais, une catastrophe nucléaire ne pourrait atteindre le pays du soleil levant avec son parc de centrales à la pointe du progrès et des technologies. Le Japon surfait sur la grande vague de tous les dangers et s’était paré d’un parc de centrales nucléaires situées sur les zones sismiques à très grands risques.
Le nuage de la désinformation et son omerta conjuguées des médias à la solde d’Areva biaisaient le débat qui n’avait jamais eu lieu en France ni ailleurs. Joël prévoyait même un sondage qui annoncerait que la majorité des français approuvait le programme nucléaire et qu’à la veille des élections présidentielles, les candidats de tous les bords proposeraient un référendum tronqué sur la question occultée : êtes-vous d’accord pour sortir du nucléaire ?
Joël avait aussi dans ses dossiers les prévisions de centrales nucléaires flottantes et même sous-marines. Encore plus fou, tu coulais !
Léa émergeait enfin. Dagmar lui fourra sous le regard, l’écran où se miraient les  mots de Joël. Et illico presto, dans un sursaut d’adrénaline Léa écarquilla ses merveilleux quinquets. Son sourire si craquant vint à la rescousse et sa si jolie frimousse imprima un éclair de joie.
-   C’est Joël, il utilise le code convenu. Enfin ! File-moi le matos.
Nils en bon géant en territoire lilliputien ne savait plus quoi dire. Avec une travée, il avait dégagé un passage. De la fumée montait du tunnel.
-   Les filles, vite, debout, on se tire. Ils veulent nous gazer comme les nazis.
Il leur tendit un masque à gaz.
Il y avait un embranchement qui laissait place à deux directions.
Les yeux paniqués de l’homme et de l’allemande interrogèrent Léa.
-   C’est à droite, encore dix mètres et on devrait aboutir à une plaque d’égout à l’air libre. Dépêchons.
Le trio s’ébroua. Nils vérifia le chargeur de son arme, puis avec les épaules il poussa et la lumière vive pénétra pour se mélanger aux échanges gazeux et à la poussière. Pas âme qui vive, rue Sorbier ! Le silence pesait, comme après un cataclysme !
-   Putain, c’est dingue, que ce soit si calme Paname !
-   Merde, vise un peu la tronche de l’asticot sur l’affiche !
Nicolas Mulot de son plus beau sourire de Tartuffe de l’écologie appelait à voter pour lui, aiguillé par son plus fameux sponsors de la fée électricité.
Plus proche des mortels, un véhicule hybride entre le corbillard de Jules et la déesse Antique du général de Gaulle se pavanant sur les Champs Elysées bardée du v de la victoire, avançait au ralenti à leur rencontre. Dagmar et Nils dans la position du tireur couché ajustaient leur cible. Des appels de phare leur répondaient en écho. Mais plus la silhouette du chauffeur devenait nette, plus le sourire de Léa éclaboussait sa bouille ravie. Impact dans dix secondes…


[1] Infos glanées entre autre dans un article de Stéphane Lhomme, Président de l’Observatoire du nucléaire :  http://observ.nucleaire.free.fr/