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L'une vit au milieu de la Méditerranée, l'autre sur les rives de l'Atlantique. Ils ne se sont jamais vus mais écrivent à quatre mains et deux citrons givrés.
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lunes, 5 de septiembre de 2011

24 : Depuis le Panorama de Berlin, Dagmar s’épanche à court terme !


Résumé du précédent épisode : A Zegg Joël se répand entre les seins géants de Zelda quand par hasard, ils tombent effarés sur une bande vidéo qui indique que Zegg a été créé par les services secrets de l’Allemagne de l’Est ! Léa n’est pas en reste à Barcelone où Alexandre son amant lui apprend que Greenpeace en Angleterre a frayé avec les farines animales dans les années 70. Dagmar dégagée de ces contingences ne pense qu’à s’éclater durant trois jours.

Dagmar étanchait sa soif d’amour en pestant contre Léa son échappée belle, dans un monologue opaque entre les bulles de sa cinquième Berliner Kindl[1].
-         Née un 13 août 1989 à quelques mois à peine avant la chute du Mur de Berlin, de parents qui naquirent morts de rire en 1961 au 15 de la Strasse Toleranz située à quelques mètres du Reichstag, l’année de l’érection de cette protection antifasciste selon le point de vue encore en rigueur dans la partie Est de ma tendre jeunesse. Je m’en lave les fesses ! Fi du lavage de cerveau de mon pater en odeur de sainteté avec le régime du faux cil et du marteau. Laisse béton, mec, où j’t’en fiche une !
Le zigue éconduit repartit la queue basse en pestant une injure dont la capitale berlinoise avait la saveur, du style : espèce de pute du Ku’damm, fourre toi du clacos jusqu’à l’os[2].
L’estomac barbouillé et les idées qui prenaient le large, Dagmar flageola jusqu’aux toilettes, tandis que toujours plus haut, le son d’un mix académique à rétamer un rat dans l’eau des égouts de Berlin abonné aux basses fréquences, vous tambourinait les tympans. C’était comme toujours cette enseigne à l’effigie d’une vulve géante qui, comme un aimant, avait attiré Dagmar au Panorama, un club branché. Clin d’œil à ses folles nuits d’antan, quant au détour d’un regard et d’une jupe ras le zonzon, elle avait croisé Léa qui s’envoyait en l’air dans un remix assourdissant sur les sons obsédants du dj pilleur des meilleurs ziziques des années 70. Ça avait collé aussitôt la trempette dans les toilettes entre les deux nanas. Un je ne sais quoi d’envergure à prendre le rut par le con et décharger le saint-frusquin de toute sa cargaison des mouillettes. 
On était le 13 août 2011, comment Léa avait-elle pu oublier l’anniversaire de leur rencontre ? Elle la savait avec un drôle de type louche qui se faisait appeler Alexandre, le bien heureux ! Pour une fois, elle accordait toute sa confiance à la force tranquille de Nils, le géant, pour qu’il lui rétame la bouille à coups de pognes et coups de lattes bien pensées en souvenir de sa virilité. Elle lui avait même demandé qu’il lui envoie fissa la photo de la tronche de l’autre pourri. Toujours aucune nouvelle ! Quant à Joël, il devait s’éclater à tous les sens du terme à Zegg. Elle s’en fichait, elle se fichait de tout. Elle était entrée le jeudi au club dans la ferme attention d’un ressortir sur les rotules le lundi soir, sans plus savoir dans cet univers entièrement bouché à quelle heure de quelle minute elle se situait. Une revanche en quelque sorte à la valeur qu’elle accordait à son futur proche, quand les cognes auraient mis la main sur elle et tous les autres activistes. Vivre en vase clos, vaste programme… Bien entendu, comment tenir le coup sans un quelconque remontant. Les chleuhs en parfaits hypocrites y connaissaient un rayon planque et tête en extase. Il suffisait de tremper son index dans la sauce, une mixture blanche, un remède de cheval qui prenait la place des clopes dans le paquet et ni vu ni connu l’embrouille. Cool l’ambiance !
C’était complètement dingue, comment les promoteurs de rêves de la société de consommation et les maffieux de l’ex bloc soviétique s’étaient appropriés les cités dortoirs complètement déglinguées, côté Est. Comment une centrale électrique désaffectée avait rempilé ses volts pour que le tout Berlin branché et même les touristes étrangers débarquant par charter, viennent se bouger le popotin à la santé du nouveau Berlin désaffecté de la vermine coco.
Déjà à 18 ans, elle s’était barrée de la casbah de ses vieux qui ressassaient le discours encore en vigueur contre les « contrebandiers » et autres « déserteurs » de la République démocratique d’Allemagne qui vendirent dans les années 60 leur force de travail à l’ère capitaliste yankee, alors que le pays avait besoin de tous ses bras pour redresser la barre et tenir la tête haute face au grand frère soviétique. 
Les alternatifs du Kreutzberg cosmopolite (à l’époque encore le quartier turc de Berlin), du moins ceux qui subsistaient, l’avaient accueillie dans un squat sans rechigner ni lui poser de questions, même si encore et toujours le Mur dans la tête pouvait encore signifier que les Ossi prenaient les Wessi pour des lanternes[3]. Retour à l’envoyeur, c’était de bonne guerre économique, après la chute du Mur, petit à petit, avec la flambée de prix, les proprios remirent la main basse sur leur magot des immeubles que les alternatifs avaient entièrement rénovés et s’empressèrent de les faire virer et les envoyer paitre à la périphérie des quartiers situés à l’Est. Les bobos friqués vinrent s’encanailler à Kreutzberg qui avait perdu presque définitivement son franc-parler politique en actes.  
Auparavant et durant l’existence du Mur, plusieurs générations avaient senti le filon. Sacré aubaine pour créer une vaste utopie dans une ville en vase clos où les mâles en état de se battre pour la patrie ou ne serait-ce que porter l’uniforme échapperaient au dogme guerrier et seraient suspendus de cette corvée. Les universités avaient créé les fruits de l’effervescence. Quand, comme de bien entendu, dans les années 1968, Berlin la rebelle s’enflamma. Simple coïncidence ou correspondance des genres avec la naissance des activistes politiques du groupe Baader / Meinhof ? Les sus dénommés terroristes par la sociale démocratie totalement dépitée qu’on lui vole la vedette. La RDA sœur ennemie pigea immédiatement les ressorts qu’elle pouvait tirer de cette agitation politique. En sous-main et arme vengeur, elle accorda l’asile et même l’anonymat sous une nouvelle identité pour certains activistes de l’autre rive qui ne se montraient pas trop réticents à un lavage de cerveau. La chute du Mur représenta aussi une chute libre pour les ex activistes de l’Ouest qui s’étaient planqués à l’Est. Dénonciations et remise à jour des fichiers de recherche des terroristes par les services secrets de la chasse aux sorcières des années 70, tout un programme bien rodé !
Toute une génération née avec la chute du Mur et de grands parents nazis, marquée par cette époque charnière abdiqua et consentit à se mouler  dans la société de consommation et un certain confort matériel complètement artificiel. Tandis que Dagmar et une minorité s’engageaient dans les mouvements alternatifs et anti-nucléaires en lisant Baader et Meinhof.

S’écroulant dans les toilettes devant la défaite de sa pensée en égard de sa si courte existence, Dagmar but la tasse et se vida de son trop plein de haine envers l’homme qui lui avait volé son amour fou.
-         Je te tuerai, je te tuerai et te ferai bouffer tes rognons aux petits oignons !
C’est alors qu’une frangine la pris dans ses bras pour la réconforter. Elle avait les seins légers et un doux goût d’anis entre les cuisses. Ce que ne savait pas encore Dagmar, c’est que la donzelle apitoyée n’était pas à côté de la plaque mais en service commandé pour lui soutirer des informations. Sa survie à elle représentait une question cruciale. Comme si en échos, on entendait encore les cris dans les cachots des opposants au régime. Une certaine réminiscence des nostalgiques de la Stasi[4] en sursis, en quelque sorte ! ?  




[1] L’une des deux plus fameuses bières de Berlin qui se décline en brune ou en blonde.
[2] Référence à la grande artère de Berlin Ouest du grand bazar commercial où on trouvait tous les produits du monde dont le célèbre camembert, alors qu’à l’Est les bananes faisaient fureur. C’est resté dans les humeurs.
[3] Ossi ex habitants de l’Allemagne de l’Est et Wessi, allemands de l’Ouest
[4] Ex police politique Est allemande

jueves, 30 de junio de 2011

18. Léa se lance et balance à bouche que veux-tu !

Résumé du précédent épisode : En Euskadi, les activistes ont fait bombance avant de manifester à la centrale du Blayais. Sauf que, faute à pas de chance ou inconséquence, leurs bouilles se sont affichées sur l’ordinateur de Lebourrin qui convie un étrange personnage avec lequel il est sur le point de passer un marché.

1.                 T’es complètement dingue mon amour ! Tu ne peux pas rencontrer ce pseudo journaliste qui peut se cacher sous la casquette d’un flic, c’est trop risqué.
2.                 Calme toi ma belle teutonne aux obus divins, Nils va m’accompagner. Je ne risque rien.
3.                 Léa, dans ce cas je viens avec toi.
4.                 Désolée ma chérie d’amour tu risques de tout faire foirer. La vision de burnes sous un pantalon te donne la gerbe et la haine.
5.                 Je serai sage comme une image, je serai la garde rapprochée de ton  corps.
6.                 Justement, il n’en est pas question.
Dagmar sortit de la caravane en claquant la porte.

Frédéric, passablement amoureux, était parti surfer sans les vagues à l’âme familiale, avec Hegoa au Mexique et la bénédiction de Joël. De retour pour un bref passage en Gironde, Léa avait été contactée par un chroniqueur girondin, un certain Franck le Bartos, de mèche avec le groupe Joan Pau Verdier[1] d’Aquitaine. Il lui proposait une interview libre de propos pour s’expliquer et se défendre contre le réquisitoire des pandores qui lui courraient aux basques. Le zigue écrivait pour un webzine basé à Paname. Il avait la plume pas du tout à l’ordre du jour des convenus journalistiques. Léa était intriguée. Nils comme à l’accoutumée était septique comme une fosse bouchée et Dagmar rêvait de lui tordre les couilles pour lui apprendre à se couper la nouille à ce con.
Ils avaient rencard à l’Estaminet d’Uzeste, le quartier général musical textuel de la Compagnie Lubat[2] dans l’autogestion des sons festifs et vivants de Gasconha.    Nils sur sa bécane avait repéré les lieux. La voie était libre. Le Bartos était ressorti avec Léa qui le menait à la bagnole où elle lui attacha les poignets dans le dos et lui passa un bandeau sur les yeux. Les activistes fouillèrent le chroniqueur la bouche en cœur et ne décelèrent aucun micro néfaste caché sur lui. Nils prit le volant et emmena le joyeux aéropage vers une plage encore déserte. Ils décidèrent de tous les critères idoines pour accepter que Léa se fasse tirer le portrait et donne de la voix devant un fond neutre représentant le port d’Honfleur, qu’avait confectionné Nils, histoire aussi de brouiller un peu plus les pistes. L’interview eut lieu d’une traite avec des questions ouvertes. Ce qui permit enfin à Léa de mettre une bonne fois pour tous les points sur les i. Elle fulmina contre sa condition de sans toit ni loi qui lui était imposée. Elle était innocente de tous les méfaits explosifs contre la rédaction de Webactu et pas du style à se faire sauter le caisson avec ses amis journalistes. Les accusations devaient se porter du côté des renseignements généraux à la solde de la clique du sarkophage et des grands patrons du nucléaire français qui voulaient garder leurs avantages sur cette énergie imposée par la force et contre le gré des populations, depuis les années Giscard. Fukushima avait prouvé les dangers avérés du nucléaire civil sans en tirer tous les enseignements. Elle ne pleurait pas Anne Lavergerond virée de son poste de grande propagandiste en chef de la nucléocratie à la française. Sans doute qu’à force de bétonner ses centrales, son compteur Geiger avait dérapé ! Celle-là même la mieux défendue par le coq du ps, le F. le Hollandais qui pourrait devenir président de la république en 2012 ! Bonjour le cauchemar radioactif, la rose au poing. Celle qui fut aussi une proche collaboratrice de Tonton premier dans les questions de stratégie économique. Avec DSKAS, encore lui, qui la nomma PDG de la Compagnie générale des matières nucléaires qui deviendra Aréva. Combien la chère très chère dame allait-elle toucher au chomdu, sachant que son salaire s’élevait à la bagatelle de 1,12 millions d’euros par an ? Avec une telle somme on pourrait lancer l’idée des panneaux solaires pour toutes les habitations. Et puis pour une fois qu’elle pouvait s’exprimer. Léa se lâcha contre les ayatollahs pseudos scientifiques officiels qui pourrissaient les médias de toutes leurs inepties. Ce Luc Ferryboat, arnaqueur universitaire glandos, qui fit entrer au Conseil d’analyse de la société (un simulacre d’incapables) Amélie de Bourbon-Jambon de Parme épouse d’un des frères Boudinof. Sachant que les frangins avaient pondu récemment une nouvelle arnaque intellectuelle (une de plus !) tant scientifique que rationnelle touchant cette fois les hautes sphères du cosmos, qui aurait été conçu selon un haut jet de foutre divin ! Sachant aussi, digne retour de manivelle entre ami, c’était le féru Ferryboat qui écrivit la préface de ce chef d’œuvre ! Toutes les obédiences putatives étaient représentées dans cette noble assemblée…
7.                 Hum, hum, vous ne trouvez pas qu’on s’éloigne un peu du sujet, tempéra le Franckos un peu dépassé par les évènements ?
8.                 Tu me laisses parler ou je me barre, compris ? J’abrège aussi les facéties du Claudio Allegro qui soutient mordicus l’inexistence de l’amiante dans les soutes de la fac de Jussieu, alors que j’étais sur le point de le démasquer, avant que cette bombe ne me détruise l’existence. Je finis. Dans cette société des amis du Ferryboat, on y trouve  tout droit sorti du chapeau du magicien Gnangnan: un cureton, un rabbin, un islamologue et même en cas de maladie avérée, la directrice générale en charge du laboratoire Servier qui pouvait vous sauver la vie en vous proposant son bonbon favori : le Mediator ! Passez la monnaie et les tours de passe-passe… Toutes ces crapules accaparent les médias et évincent les instances objectives et les associations indépendantes à propos du nucléaire. Je vous demande un peu, pourquoi la médiocratie, pour remplir la part de cerveau disponible et la panse grasse, vogue grand largue sur la populace abrutie et désinformée ?
Elle termina son numéro de trapéziste avec son hiatus dont elle était le plus fière.
9.                 En matière de nucléaire, il n’y a que les failles qui aillent à la France. Boum quand le nucléaire fait boum. Rideau.
Afin de garder le contrôle complet sur l’enregistrement, Nils subtilisa l’enregistreur des mains du Bartos.
10.            C’est nous trois qui retranscrirons l’enregistrement et qui te ferons parvenir le résultat près à publier.
11.            Mais, je ne te travaille jamais de cette manière !
12.            C’est ça ou rien du tout, pigé mec ?
Devant l’air menaçant du géant le chroniqueur remballa ses remarques.

Pendant que ça gaussait dans le sud-ouest, à Paname, l’homme en costume cravate de marque qui se prenait très au sérieux ouvrit une enveloppe remise par Lebourrin. Elle  contenait des renseignements pointus issus du réseau national de surveillance des citoyens. Lebourrin, en tant que fonctionnaire trop pingre de son salaire de misère, savait offrir ses services au plus offrant. Il en était même assez fier finalement. Mis en confiance dans ce contexte de complaisance des sens et des révélations onéreuses, Lebourrin tenta une légère inclinaison à porter de la voix.
13.            Vous savez peut-être déjà où ils logent en France ?
14.            Il sentait bon le sable chaud, mon légionnaire. Abruti, tu connais ?
15.            Faut que j’en cause deux mots à Madame Romano.
16.            C’est qui encore celle-là ? C’est une indic ?
17.            Oui et non, ce serait trop long à vous expliquer, n’empêche…
18.            Ferme ton clapet. J’y vais. Je te tiens au courant. Motus et bouche cousu à propos de notre accord. Sinon….
Il mima le sourire kabyle qui riait aux éclats.

19.            Les filles, les filles, Joël nous a déniché une planque fiable à Barcelone : Can Masdeu[3], une ancienne léproserie !
20.            Tu charries mon pote, après le Père Lachaise, tu nous enterras tous ! Je préfère encore les sushis radioactifs !





[1] Joan Pau Verdier : auteur/ compositeur/ interprète franco/occitan : http://joanpauverdier.free.fr/actualite.htm
[2] Bernard Lubat : scatrap jazzcogne : www.cie-lubat.org/Oeuvriers/Bernard-Lubat
[3] Les sentiers de l’utopie, un livre film d’Isabelle Fremeaux et John Jordan, éditions Zones, 2011


miércoles, 4 de mayo de 2011


Nils et Léa n’étaient pas encore au fait de la révolution. Tu m’étonnes ! Leurs sages résolutions de jambe en l’air, comme pour rattraper le temps suspendu, avaient les accords d’un corps à corps à l’assaut de la petite mort. Nils éructait et Dagmar lui labourait les côtes avec ses ongles. Dagmar applaudit à la tromperie sur la marchandise et encouragea tous les efforts du couple à figer cet instant.
-          Magnez-vous le train. On se croirait dans un film de boules. Oui, oui encore, ça vient hum oui  continue…. Les Schmidt vont bientôt mener l’assaut. Je répète, allo, allo, m’entendez-vous ? Les Schmidt…
Vaseuse, les pupilles de travers, c’est Léa qui émergea la première.
-          Tu veux parler des flics ?
-          Les poulets on dit aussi, si je parle bien français !
Nils gêné s’arracha des tripes de l’autre femme, jetant par-dessus bord la capote usagée. Son sang-froid glaça Dagmar.
-          Pas de panique les filles, j’ai un plan B.
-          Accouche papi, tu ne perds rien pour morfler ma haine et toi aussi ma pute d’amour.
Léa avait déjà revêtu une tenue décente et Nils avait sauté dans son futal.
-          La brèche est encore praticable ?
-          Peu probable à cette heure.
-          Dans ce cas, il faudra emprunter le tunnel.
-          Le tunnel ? !!!
-          Oui, pour faire vite, avant que ce lieu de repos ne soit proclamé cimetière par Napoléon Bonaparte, on récoltait déjà la vigne au Moyen-Age et…
Dagmar qui pissait du raisiné par les trous de nez et avait parfaitement pigé l’allusion à leur situation s’énervait.
-          Abrège tes salamalecs, mec.
-          J’ai eu vent aussi que les Communards assiégés qui se battaient entre les tombes avaient connaissance du tunnel, mais avaient manqué de temps pour s’en sortir. Dans mes recherches, j’ai retrouvé les plans, et avec quelques amis très sûrs, on a remis le chantier en route pour le rendre enfin praticable, en cas de coup dur. Je pense que dans l’urgence, le jour est venu de l’inaugurer. Mais d’abord, faisons table rase de toutes les traces de notre passage.
Laissant ses deux compagnes indisposées, il avait joint l’action à la parole, rassemblant déjà des papiers et autres emballages, fringues crades et usagées, les fourrant dans un grand sac. Il espérait en vain que la plupart de leurs signatures ADN périraient dans le broyeur. Les deux femmes avaient suivi le mouvement et en quelques instants seulement, l’abri rutilait du vide sidéral et du calme attendu.
Léa leva le doigt, comme à l’école.
-          Monsieur, monsieur le professeur, j’ai le temps d’aller chier au pied du mausolée d’Adolphe Thiers ?
Même Dagmar éclata de rire. Seul un léger rictus laissait encore présager que dans sa caboche c’était encore la guerre entre elle et la française, et que bientôt ses amis d’Outre-Rhin, les alternatifs activistes lilliputiens auraient terrassé le géant.
-          Un dernier détail. Je vous demande toute votre attention. Il n’y a pas de lumière dans notre tunnel et il se peut que certains bruits bizarres puissent éveiller votre crainte. Pas de panique, J’ai tout prévu. Il leur tendit un casque de mineur muni d’une lampe frontale. Léa, je te conseille de te changer, un pantalon et de bonnes chaussures te seront utiles.
Profitant d’une dernière pause avant la sortie, pendant que Léa se changeait et chargeait la Singette dans son sac à dos en ayant pris soin de lui fourrer dans le bide une arme de poing, Nils posa une paluche sur l’épaule de Dagmar, comme pour s’excuser pour tout à l’heure. Elle s’hérissa comme un chat sauvage.
-          Ne me touche pas, porc velu. Si tu t’avises encore à me toucher, je te tue. Pigé mec.
Nils leva les mains au plafond.
-          Ok, ok. On décroche les filles, je passe devant.
En dépiautant une tôle en guise de mur, il s’engouffra, baissant la tête pour ne pas se cogner. Une odeur âcre vous prenait à la gorge. Cette terre avait déjà saigné en surface et dégorgé les corps de ses asticots. Il y devait y avoir du monde un peu plus haut, en train déguster les restes de vieux os usagés. Ces images et ces associations d’idées embuèrent le regard de Léa qui manqua d’air et tomba à la renverse retenue de justesse par Dagmar qui fermait le rang.
-          Nils, à l’aide.

miércoles, 27 de abril de 2011

9. Révolution

(Résumé de l’épisode précédent : Atmosphère, atmosphère irrespirable entre les trois épidermes activistes planqués dans une tombe. Ça risque de péter ! Dagmar enfourche sa moto pour prendre l’air. Tandis que Lebourrin, rencardé par la mondaine, croit tenir le ticket gagnant sur une chanson rock !).  


Un groupe de plus en plus nombreux était massé à l’entrée d’un magasin de télés dans l’entrée de l’immeuble. Certains appelaient leurs amis sur leurs cellulaires, il régnait une émotion intense, emplie d’une dignité palpable. Un large écran plat dernier modèle diffusait des images de CNN International. Elles étaient si incroyables que Dagmar, hallucinée, rejoignit le groupe.

Place de la Libération, au centre du Caire, en Égypte, des millions de manifestants embrassaient des soldats égyptiens. Toutes les classes, tous les sexes et tous les âges étaient mélangés. Leurs pancartes, en arabe et en anglais, demandaient le départ immédiat du tyran Moubarak qui rançonnait leur pays depuis trente ans. Les Marocains, les Algériens, les Libyens, rassemblés face à l’écran considéraient en silence l’impossible advenu sous leurs yeux, plus gros que leurs ventres. Les Tunisiens étaient embrassés, félicités, certains pleuraient de joie, d’autres remerciaient leurs dieux. Un jeune Algérien souriant lui demanda ce qu’elle cherchait, si elle avait besoin d’aide. Dagmar pointa l’écran du doigt alors que les manifestants montaient à l’assaut de la statue équestre d’Alexandre Le Grand en brandissant leurs drapeaux égyptiens et balbutia avec son fort accent allemand. On la fit passer jusqu’aux premières places. Un contagieux frémissement emplissait l’atmosphère. Dagmar reconnut dans l’instant ce frisson qui l’avait prise à accueillir ces premiers réfugiés Allemands de l’Est à la frontière austro-hongroise, ceux qui les premiers avaient osé cisailler le rideau de fer qui en conséquence s’était totalement écroulé six mois plus tard avec le rachat par Helmut Khôl des dettes soviétiques et le conséquent effondrement du mur de Berlin. Elle comprit que l’Histoire était en train de s’écrire, cette fois-ci, au pays des pharaons. Si jamais l’Egypte parvenait à secouer le joug du tyran Moubarak, alors la région toute entière, jusqu’aux frontières de l’Asie, aurait le courage d’exiger la démocratie, la liberté. Puis le Premier Ministre espagnol, Zapatero, prit la parole et défendit avec enthousiasme le peuple égyptien. Les journalistes américains se surprirent de ce sursaut européen, le seul en son genre, tous les chefs d’Etat européens semblaient eux aussi avoir passé ces derniers jours dans un caveau, ne savaient rien de l’Égypte et ne donnaient pas signe de vie. Mais à l’écran apparut ensuite une carte significative : le chemin que devraient prendre les supertankers si jamais Suez était fermée passait par le contournement de l’Afrique et le premier pays européen qu’ils rencontreraient ensuite était l’Espagne.

 C’étaient d’excellentes nouvelles. Dagmar sut qu’elle n’avait plus rien à faire à Berlin. Elle devait avertir Léa de toute urgence. Tel qu’on le connaissait, Joël devait déjà se trouver dans la foule égyptienne, brandissant le poing sur la place de la Libération au Caire.

Dagmar reprit le chemin du cimetière du Père Lachaise, grinçant des dents en songeant à ce que ce Nils avait bien pu tenter en sa courte absence. Les feux verts se succédèrent comme par magie. Elle se sentait portée par la force de l’Egypte et avec habileté zigzagua entre les blindés des CRS qui en longue et lourde file semblaient se diriger au même endroit. Un coup d’œil dans le rétroviseur la convainquit qu’il n’y avait plus une minute à perdre. Un dispositif policier conséquent était en train de se mettre en place autour du cimetière. Avec un peu de chance, les flics parisiens, pas rapides en information tout comme le gouvernement français, ne seraient pas au courant de la brèche, selon Nils ouverte il y a peu par les pilleurs de tombes. Ça valait le coup d’essayer.

miércoles, 13 de abril de 2011

7. Intermède Mystique

 (Résumé du chapitre précédent : Léa s’évade de l’hôpital avec la complicité de Nils et Dagmar qui se jouent les frères ennemis. Lebourrin en carafe délaisse la coco pour les amphétamines et s’en remet aux images d’un mage !)
La brèche dans le mur d’enceinte était à sa place, au bout de l’impasse. Les deux filles se baissèrent et se faufilèrent jusqu’à la brèche, où elles s’introduisirent subrepticement. Nils, de sa haute stature, surveillait les environs. Son AK45 paraissait tout petit dans sa grosse paluche. Il n’avait pas besoin de se dissimuler, il savait que tout éventuel témoin, à le voir, préférerait fermer les rideaux. Il rejoignit la brèche tranquillement et, avec une agilité surprenante, s’y introduisit. Tous les trois coururent en silence dans les allées du cimetière du Père Lachaise, jusqu’à la chapelle d’une famille éteinte, que Niels avait aménagée en cas de coup dur.

A peine furent-ils à l’abri que les hostilités atomiques commencèrent. C’était l’une des nombreuses planques de Niels, aménagée à la nordique, une cabine de sauna coincée dans un tombeau. Dagmar étouffa dans l’instant, son visage se crispa, elle jeta sa perruque violemment à terre.
- Et il a fallu que ce sale ruck[1] nous installe à côté de la tombe de Victor Noir[2] ! Himmel[3] ! Je peux pas le croire ! Sale machiste obsédé du manche !
- Please, Lea, keep your bloody Yungfraü quiet or I’ll smash her face into the toilets in order to cure her ovulation hysteria[4]
- Bon, écoutez, les copains chéris, on va se faire un petit café avec des croissants pour pouvoir parler dans la joie et la bonne humeur. On est à Paris, quoi, merde…
- … Mais… t’as des croissants ?

A la faveur d’un thé au jasmin (le seul que Nils ait en magasin), les âmes se rassérènent et l’on put enfin parler des choses sérieuses. Léa dut cependant s’asseoir entre les deux afin d’assurer la continuation des accords de paix.

Ainsi Joël, l’âme de Webactu était en vie. Un véritable miracle. Il avait été éjecté par le souffle depuis la fenêtre des toilettes lors de l’explosion et un sympathisant allemand de garde dans le secteur avait pu le récupérer et avertir le réseau sur Internet. Aussitôt, l’impeccable organisation d’outre-Rhin s’était-elle mobilisée et de véritables escadres étaient sorties de Cologne pour sauver le patron de Webactu, une page qui avait sa version germanique et ses millions de visiteurs journaliers en Allemagne. Depuis Berlin, Dagmar avait donc appris en avant-première ce qu’il était arrivé à son grand amour. Elle n’avait pas hésité une seconde et enfourché son Husqvarna 750 pour la sauver à Paris.

En dépit des accrochages, Dagmar et Niels coïncidaient sur un point. La DGSE française était derrière l’attentat contre Webactu, l’explosif Gomma 2 avait été subtilisé par ses soins dans les carrières militaires du Sud de la France, entre autres dans le but de déstabiliser l’organisation terroriste basque, qui se réfugiait encore dans le Sud-ouest du pays (pourquoi faire simple quand on peut tout embrouiller ?). La DGSE et ses petits copains du Commissariat à l’Energie Atomique n’avaient guère apprécié les petits rigolos de Webactu et la mise en cause de Marie Curie. Les programmes de maintenance des centrales nucléaires françaises étaient tous caducs, on avait frôlé la catastrophe à Bordeaux en 1999 et maintenant le gouvernement pouvait se glorifier du plus gros déficit d’Etat de la Communauté Européenne. Ce n’était vraiment pas le moment de dire du mal du radium.

Dans le même temps, Outre-Rhin, les énergies se mettaient en marche afin de s’opposer au projet suicidaire de la pourtant paisible Angela Merkel : remettre en marche le programme germanique de centrales nucléaires. Dagmar avait même peur qu’au-delà de la soi-disant dépendance vis-à-vis du gaz russe passant par l’Ukraine (alibi majeur du gouvernement allemand), il y ait une sourde velléité de programme militaire et par-là, l’irrésistible appât de succulentes exportations vers certains pays en voie de développement. Outre-Rhin, personne n’avait totalement oublié que la bombe atomique était une invention allemande.

Lebourrin, allégrement remonté par la dernière visite de son indic préféré, faisait tournoyer son parapluie comme dans le film « Singing in the rain », en remontant la rue des Abbesses, totalement étranger aux sombres conclusions des comploteurs du cimetière du Père Lachaise. Il avait finalement avalé la couleuvre de ses supérieurs : de longues décennies d’habitude et le cheval rentre tout seul à l’écurie. Lebourrin se sentait heureux et tout excité. A l’aube du troisième millénaire, la police nationale française entrait enfin à l’ère des nouvelles technologies, Cocorico ! C’était par email que Vishnouvoitou lui avait donné rendez-vous et il se dirigeait tout de go vers l’entrevue historique.

L’immeuble face auquel il s’arrêta ne lui inspirait qu’une confiance relative. L’édifice était bien tel qu’il avait pu se l’imaginer, pourri, sale, grisâtre, avec un buste de femme au-dessus de l’entrée,  des balcons en fer forgé,  des rajouts de plastique en guise de fenêtres aux étages supérieurs et des cheminées non entretenues bavant leur suie sur les toits les jours de pluie. Cependant, l’interphone était un modèle sud-coréen dernier cri, avec vidéo inviolable. On n’apprend pas aux vieux limiers à faire la grimace, ils ne connaissent que trop la perversité des rénovations modernes sur d’anciens bordels à multiples issues. Ce Vishnouvoitou ne semblait pas tombé de la dernière pluie, son nom n’apparaissait pas sur l’interphone. Mais Lebourrin savait qu’il n’avait qu’à sonner au numéro trois. Ce qu’il fit, en adoptant son air des grands jours « tranquille, mon petit gars, on est là pour arriver à un accord ». De toute façon, il pourrait toujours lui envoyer les Fraudes ou mieux encore lui coller un redressement fiscal. Les supérieurs avaient donné leur accord et débloqué les fonds mais cette fois-ci, ça ne couterait pas un cent à l’Etat, Lebourrin se l’était promis. Personne ne répondit à son appel mais la porte de l’immeuble s’entrouvrit. Il lui fallait maintenant monter trois étages. Ces salauds de rénovateurs avaient poussé le souci de la dissimulation au point d’éviter d’installer un ascenseur. Pervers !

Vishnouvoitou reçut le commissaire essoufflé.  Lebourrin, qui avait prévu un large échantillon de possibles extracommunautaires extradables dans l’heure, Pakistanais, Afghan, Indien, Roumain, se sentit passablement déboussolé face à ce blanc de blanc, à l’exquise civilité et à la mise impeccable, qui ressemblait plus à un boursier qu’à un mage. « Va pour le redressement fiscal ! » pensa Lebourrin et il commença aussitôt à travailler Vishnouvoitou au corps astral. La France avec majuscule condescendait à une visite dans les univers parallèles, implacable dans sa recherche des suspects et autres terroristes. Ce dernier mot sembla vaguement éveiller un intérêt chez le mage, qui invita le commissaire à prendre place sur les sacs de billes design qui décoraient son salon. Lebourrin avait le  design en horreur mais était suffisamment passionné des années 70 pour accepter d’y glisser une fesse. Malheureusement, le pouf n’était pas étudié pour le porte-à-faux, aussi Lebourrin s’effondra-t-il. Vishnouvoitou le considéra, le sourcil relevé. 
-          Fascinant. Vous êtes la première personne que je vois tomber de ce siège…
-          Écoute-moi bien, mon petit ami. Je suis venu à la recherche de la dénommée Léa alors ce n’est pas la peine de me faire le coup de la psychanalyse de supermarché, merci bien, je suis vacciné…


Lebourrin était en veine, l’insulte raciste sur la pointe de la langue, mais l’entrée d’une ravissante jeune femme blonde en sari indien lui provoqua un décrochement de mâchoire. Elle portait un téléphone sans fil aussi gazouillant qu’un nid de canaris sur un plateau, qu’elle présenta au maître. Vishnouvoitou décrocha, répondit en anglais (une langue que Lebourrin bafouillait à grand-peine), se leva puis s’éloigna en continuant son énervante conversation. Engoncé dans le sac de billes de polystyrène,  Lebourrin attendit, furieux, obsédé par l’idée que le mage lui facturerait le service, certainement sur la base d’un devis horaire. Le temps passa. Lebourrin s’emmerdait franchement. La jeune femme blonde en sari revint avec un sourire de miel qui n’annonçait rien de bon. Elle expliqua rapidement que le Maître avait dû s’absenter soudainement. Lebourrin hennit de dépit. Il avait payé d’avance. La jeune femme avec délicatesse ramassa son chapeau qui avait roulé à terre entre les hoquets de surprise et d’indignation du commissaire puis lui expliqua que Madame Romano, la fameuse artiste du Tarot de Marseille, élève et collaboratrice attitrée du Maître, était disposée à le recevoir. Tout en la suivant dans le labyrinthe de chambres de bonnes qui composait cet appartement, LeBourrin, tourneboulé, se demanda avec angoisse si le « Tarot de Marseille » était un cabaret des Bouches-du-Rhône.

Madame Romano portait un ravissant costume gitan. Dès l’arrivée de Lebourrin, elle jeta devant lui des cartes primitives, moyenâgeuses et parla sans même les regarder :
-          Ne laissez pas les autres se servir de vous. Vous êtes au centre d’une situation qui vous dépasse et par conséquent en danger. En grave danger.
-          Dis-moi ma petite poulette, quand tu auras fini de te sucer l’orteil, tu me le diras bien gentiment.
-          …Ce sont les cartes, ce n’est pas moi…
-          Bien. Puisque tu le prends comme ça en matière de cartes, je suppose que tu as aussi tes papiers.
-          Papiers ?
-          Passeport, carte de résidente, RIB, identité, quoi…
-          … S’il vous plaît, Monsieur, je suis roumaine et résidente en Serbie…
-          On m’a dit que t’étais de Marseille ! Toutes les mafias se retrouvent…
-          Ecoutez, monsieur, je vais retirer les cartes, pour vous gratuitement.
Elle battit les cartes nerveusement, tout en observant le commissaire à la dérobée. Bien des cousines avaient été expulsées de France. Il fallait jouer fin. Elle se décida à lui dire ce qu’il voulait entendre. Ce n’était pas bien difficile à deviner. Mais les cartes indiquèrent autre chose. Madame Romano toussota.
-          Celle que vous cherchez se trouve au cimetière. C’est ce que disent mes cartes.

Lebourrin ne la crut pas, se leva excédé par le temps perdu et l’argent dépensé et lui prédit la venue prochaine des services d’immigration.


[1] Couillon, en allemand
[2] Gisant dont le pantalon trahit une érection ; la tombe est très visitée, elle a même des admiratrices
[3] Enfer, en allemand
[4] S’il te plaît, Léa, tiens ta Vierge Sanglante tranquille ou je serais obligé de lui écraser la tête dans les chiottes pour l’aider à guérir de son ovulation hystérique, en anglais