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L'une vit au milieu de la Méditerranée, l'autre sur les rives de l'Atlantique. Ils ne se sont jamais vus mais écrivent à quatre mains et deux citrons givrés.

jueves, 30 de junio de 2011

18. Léa se lance et balance à bouche que veux-tu !

Résumé du précédent épisode : En Euskadi, les activistes ont fait bombance avant de manifester à la centrale du Blayais. Sauf que, faute à pas de chance ou inconséquence, leurs bouilles se sont affichées sur l’ordinateur de Lebourrin qui convie un étrange personnage avec lequel il est sur le point de passer un marché.

1.                 T’es complètement dingue mon amour ! Tu ne peux pas rencontrer ce pseudo journaliste qui peut se cacher sous la casquette d’un flic, c’est trop risqué.
2.                 Calme toi ma belle teutonne aux obus divins, Nils va m’accompagner. Je ne risque rien.
3.                 Léa, dans ce cas je viens avec toi.
4.                 Désolée ma chérie d’amour tu risques de tout faire foirer. La vision de burnes sous un pantalon te donne la gerbe et la haine.
5.                 Je serai sage comme une image, je serai la garde rapprochée de ton  corps.
6.                 Justement, il n’en est pas question.
Dagmar sortit de la caravane en claquant la porte.

Frédéric, passablement amoureux, était parti surfer sans les vagues à l’âme familiale, avec Hegoa au Mexique et la bénédiction de Joël. De retour pour un bref passage en Gironde, Léa avait été contactée par un chroniqueur girondin, un certain Franck le Bartos, de mèche avec le groupe Joan Pau Verdier[1] d’Aquitaine. Il lui proposait une interview libre de propos pour s’expliquer et se défendre contre le réquisitoire des pandores qui lui courraient aux basques. Le zigue écrivait pour un webzine basé à Paname. Il avait la plume pas du tout à l’ordre du jour des convenus journalistiques. Léa était intriguée. Nils comme à l’accoutumée était septique comme une fosse bouchée et Dagmar rêvait de lui tordre les couilles pour lui apprendre à se couper la nouille à ce con.
Ils avaient rencard à l’Estaminet d’Uzeste, le quartier général musical textuel de la Compagnie Lubat[2] dans l’autogestion des sons festifs et vivants de Gasconha.    Nils sur sa bécane avait repéré les lieux. La voie était libre. Le Bartos était ressorti avec Léa qui le menait à la bagnole où elle lui attacha les poignets dans le dos et lui passa un bandeau sur les yeux. Les activistes fouillèrent le chroniqueur la bouche en cœur et ne décelèrent aucun micro néfaste caché sur lui. Nils prit le volant et emmena le joyeux aéropage vers une plage encore déserte. Ils décidèrent de tous les critères idoines pour accepter que Léa se fasse tirer le portrait et donne de la voix devant un fond neutre représentant le port d’Honfleur, qu’avait confectionné Nils, histoire aussi de brouiller un peu plus les pistes. L’interview eut lieu d’une traite avec des questions ouvertes. Ce qui permit enfin à Léa de mettre une bonne fois pour tous les points sur les i. Elle fulmina contre sa condition de sans toit ni loi qui lui était imposée. Elle était innocente de tous les méfaits explosifs contre la rédaction de Webactu et pas du style à se faire sauter le caisson avec ses amis journalistes. Les accusations devaient se porter du côté des renseignements généraux à la solde de la clique du sarkophage et des grands patrons du nucléaire français qui voulaient garder leurs avantages sur cette énergie imposée par la force et contre le gré des populations, depuis les années Giscard. Fukushima avait prouvé les dangers avérés du nucléaire civil sans en tirer tous les enseignements. Elle ne pleurait pas Anne Lavergerond virée de son poste de grande propagandiste en chef de la nucléocratie à la française. Sans doute qu’à force de bétonner ses centrales, son compteur Geiger avait dérapé ! Celle-là même la mieux défendue par le coq du ps, le F. le Hollandais qui pourrait devenir président de la république en 2012 ! Bonjour le cauchemar radioactif, la rose au poing. Celle qui fut aussi une proche collaboratrice de Tonton premier dans les questions de stratégie économique. Avec DSKAS, encore lui, qui la nomma PDG de la Compagnie générale des matières nucléaires qui deviendra Aréva. Combien la chère très chère dame allait-elle toucher au chomdu, sachant que son salaire s’élevait à la bagatelle de 1,12 millions d’euros par an ? Avec une telle somme on pourrait lancer l’idée des panneaux solaires pour toutes les habitations. Et puis pour une fois qu’elle pouvait s’exprimer. Léa se lâcha contre les ayatollahs pseudos scientifiques officiels qui pourrissaient les médias de toutes leurs inepties. Ce Luc Ferryboat, arnaqueur universitaire glandos, qui fit entrer au Conseil d’analyse de la société (un simulacre d’incapables) Amélie de Bourbon-Jambon de Parme épouse d’un des frères Boudinof. Sachant que les frangins avaient pondu récemment une nouvelle arnaque intellectuelle (une de plus !) tant scientifique que rationnelle touchant cette fois les hautes sphères du cosmos, qui aurait été conçu selon un haut jet de foutre divin ! Sachant aussi, digne retour de manivelle entre ami, c’était le féru Ferryboat qui écrivit la préface de ce chef d’œuvre ! Toutes les obédiences putatives étaient représentées dans cette noble assemblée…
7.                 Hum, hum, vous ne trouvez pas qu’on s’éloigne un peu du sujet, tempéra le Franckos un peu dépassé par les évènements ?
8.                 Tu me laisses parler ou je me barre, compris ? J’abrège aussi les facéties du Claudio Allegro qui soutient mordicus l’inexistence de l’amiante dans les soutes de la fac de Jussieu, alors que j’étais sur le point de le démasquer, avant que cette bombe ne me détruise l’existence. Je finis. Dans cette société des amis du Ferryboat, on y trouve  tout droit sorti du chapeau du magicien Gnangnan: un cureton, un rabbin, un islamologue et même en cas de maladie avérée, la directrice générale en charge du laboratoire Servier qui pouvait vous sauver la vie en vous proposant son bonbon favori : le Mediator ! Passez la monnaie et les tours de passe-passe… Toutes ces crapules accaparent les médias et évincent les instances objectives et les associations indépendantes à propos du nucléaire. Je vous demande un peu, pourquoi la médiocratie, pour remplir la part de cerveau disponible et la panse grasse, vogue grand largue sur la populace abrutie et désinformée ?
Elle termina son numéro de trapéziste avec son hiatus dont elle était le plus fière.
9.                 En matière de nucléaire, il n’y a que les failles qui aillent à la France. Boum quand le nucléaire fait boum. Rideau.
Afin de garder le contrôle complet sur l’enregistrement, Nils subtilisa l’enregistreur des mains du Bartos.
10.            C’est nous trois qui retranscrirons l’enregistrement et qui te ferons parvenir le résultat près à publier.
11.            Mais, je ne te travaille jamais de cette manière !
12.            C’est ça ou rien du tout, pigé mec ?
Devant l’air menaçant du géant le chroniqueur remballa ses remarques.

Pendant que ça gaussait dans le sud-ouest, à Paname, l’homme en costume cravate de marque qui se prenait très au sérieux ouvrit une enveloppe remise par Lebourrin. Elle  contenait des renseignements pointus issus du réseau national de surveillance des citoyens. Lebourrin, en tant que fonctionnaire trop pingre de son salaire de misère, savait offrir ses services au plus offrant. Il en était même assez fier finalement. Mis en confiance dans ce contexte de complaisance des sens et des révélations onéreuses, Lebourrin tenta une légère inclinaison à porter de la voix.
13.            Vous savez peut-être déjà où ils logent en France ?
14.            Il sentait bon le sable chaud, mon légionnaire. Abruti, tu connais ?
15.            Faut que j’en cause deux mots à Madame Romano.
16.            C’est qui encore celle-là ? C’est une indic ?
17.            Oui et non, ce serait trop long à vous expliquer, n’empêche…
18.            Ferme ton clapet. J’y vais. Je te tiens au courant. Motus et bouche cousu à propos de notre accord. Sinon….
Il mima le sourire kabyle qui riait aux éclats.

19.            Les filles, les filles, Joël nous a déniché une planque fiable à Barcelone : Can Masdeu[3], une ancienne léproserie !
20.            Tu charries mon pote, après le Père Lachaise, tu nous enterras tous ! Je préfère encore les sushis radioactifs !





[1] Joan Pau Verdier : auteur/ compositeur/ interprète franco/occitan : http://joanpauverdier.free.fr/actualite.htm
[2] Bernard Lubat : scatrap jazzcogne : www.cie-lubat.org/Oeuvriers/Bernard-Lubat
[3] Les sentiers de l’utopie, un livre film d’Isabelle Fremeaux et John Jordan, éditions Zones, 2011


domingo, 26 de junio de 2011

17, Un jour il faut passer à la caisse

Résumé du précédent épisode : Joël tente une escapade depuis le Pays Basque via Barcelone pour s'envoler vers l'Islande quand un méchant nuage le cloue au sol. Il entend les échos de Lucio un militant libertaire tandis que les autres activistes se bougent depuis Pyla et que Léa veut aller manifester contre la centrale nucléaire du Blayais en Gironde.


-         Abruti ! Crétin ! Bâtard, ahuri, honte de la famille ! Soixante-huitard de merde ! Comment as-tu osé ?! Mon petit Frédéric...
-         Ma chérie ! Ce n'est pas du tout ce que tu penses !
-         Je ne suis plus ta chérie depuis au moins trente ans ! Est-ce que tu saisis au moins ce que signifie un Bac C ?
-         Mais avec son prix au concours Lépine, il rentre au MIT[1] comme il veut !
-         Il ne manquait plus que cela, qu'il disparaisse outre-Atlantique ! Non mais tu te fous vraiment de la gueule du monde ? C'est pas parce que tu t'es pas foulé à te reproduire qu'il faut détruire les familles de ceux qui t'aiment!
-         Excuse-moi d'insister mais je te disais bien qu'il s'agit d'un problème affectif...
-         Salope ! Crevure ! J'aurais ta peau !

Joël considéra le combiné d'un air embarrassé. Marie-Sophie, la mère de Frédéric, avait raccroché brutalement. Il valait mieux ne pas la rappeler tout de suite. Le regard de Joël dériva au-dehors de la cabine téléphonique. Au-delà des murs médiévaux, pierre  tagguée de graffitis hébreux, il y avait le célèbre bar alternatif La Vaca, planqué derrière des rideaux de fer rouillés. Hegoa avait tenu à y aller parce qu'on racontait sur la côte basque que Manu Chao, le swing aux basques, y jouait parfois des bœufs sur les caisses en carton faisant office de table. Joël  les imagina tous les deux, les mains dans les mains. Ils attendaient le verdict. Hegoa devait partir au Mexique, à Puerto Escondido, se fondre dans les impressionnants rouleaux du Pacifique. Pour Frédéric, il n'y avait aucune négociation envisageable. Il devait suivre Hegoa afin de la protéger des serpents de mer, des requins et de ses collègues surfers aux corps athlétiques et basanés. Mais le môme avait tout de même pressenti l'ouragan maternel à cause du bac C et supplié que Tonton se colle au jeu du médiateur.  Joël se gratta la tête : comment allait-il leur annoncer ça ?

Niels conduisait la voiture hybride qu'il avait louée à Hondarribia, sitôt passé le fleuve-frontière. L'exigence immédiate de Léa l'avait cependant saturé. Comment pouvait-elle être aussi légère ? Elle avait insisté, soutenue sans défaut par sa morpionne de Dagmar, toujours plus bougonne. A 18 heures, sur la rive sud de la Bidassoa, il était hors de question de ne pas courir se goinfrer de délicieuses tapas[2] dans les bars du port d'Hondarribia. La militance ne peut pas et ne doit pas empêcher la gastronomie !  Léa eut de surcroît l'impudence de préciser que l'on y mitonnait la meilleure morue au monde, ce qui assombrit définitivement le géant norvégien.  Mais la vérité ultime, c'était que les tapas d'Hondarribia, c'était le bon dieu en culottes de velours, après tant de jambon de Bayonne... Un petit txacoli de Guetarria bien frappé là-dessus et ils oublièrent jusqu'à la centrale du Blayais où ils s'étaient rendus la veille...

En revanche, on n'avait pas oublié leur passage tapageur. Les militants déployaient sur les digues de la centrale, positionnés depuis la Gironde pour éviter les accusations d'atteinte à la propriété privée,  de grandes bâches de plastique sur lesquelles était écrit « Centrale atomique en voie d'extinction » ou encore « Déblayez le Blayais », « Gironde saine », etc. Ceux de Greenpeace vinrent serrer la pince de Nils : ils se connaissaient d'actions sur les plateformes pétrolières en Mer du Nord.  Zuleika, une grande asperge polonaise aux cheveux carotte ébouriffés, le salua l'air de rien et ils s'éloignèrent aussitôt. Ils ne se parlèrent que face au fleuve, sans témoins.
-         Ça va, Zule ?
-         Ça fait aller. Mon mec est en tôle à Dresde. Les risques du métier...
-         Mais en Allemagne, comme activiste écolo, il risque vraiment quelque chose ?
-         Détrompe-toi, depuis que les Verts sont arrivés au pouvoir, ils veulent démontrer qu'ils savent aussi faire respecter l'ordre...
-         Le pouvoir absolu corrompt absolument.
-         Bon, finissons-en avec les formalités sociales, on n'est pas sur Facebook.
-         C'est quoi cette situation d'alerte ?
-         Un chapitre de l'histoire de l'humanité, nommé « Tremblements de terre et centrales nucléaires ».  Je te jure qu'on dirait qu'ils le font exprès. Les centrales sont toutes construites sur des sites sensibles, comme ici au Blayais ou à proximité de failles sismiques, comme au Bugey.
-         Quelle est la situation sur place ?
-         Lors du tremblement de terre en Méditerranée, les piles de déchets nucléaires, oubliés depuis dix ans à la centrale du Bugey, se sont effondrées. Un de ces bidons contenait de l'eau fortement radioactive, il s'est renversé sur le sol, à même la terre. Les spécialistes travaillent afin d'éviter que cette eau contamine la rivière et provoque ainsi un accident radioactif majeur dans le Rhône.
-         Ah. C'est pas rien, tout de même...
-         Mais le problème, c'est que depuis l'accident de Fukushima, les français font dans la chape de béton armé en guise de transparence en matière de centrale nucléaire, confondant sarcophage et information démocratique. On ne peut pas approcher à moins de dix kilomètres du Bugey, la gendarmerie monte la garde pour qu'on ne sache rien, ils défendent une entreprise privée comme s'il s'agissait de l'honneur de la nation. Mais bon c'est vrai, Areva est l'exception européenne, une entreprise privée sous le contrôle direct du président de la République française... Une seule chose est sûre, on n'en saura pas plus...
-         Et cette histoire de Fukushima, c'est vraiment grave ?
-         Quoi, Nils, toi, tu n'es pas au courant ?!
-         ... J'étais absent...
-         Le plus fort tremblement de terre de l'Histoire de l'Humanité a provoqué sa pire catastrophe nucléaire. Trois réacteurs en fusion, un caisson de contention qui n'est plus étanche, des millions de litres d'eau contaminée déversés dans la mer et encore autant sur le site. Le gouvernement nippon a prétendu dès le départ que la situation était sous contrôle mais en réalité le réacteur 1 a commencé à fusionner seulement 16 heures après le séisme...

A cet instant, les CRS arrivèrent sur le site. Zuleika revint vers ses collègues, qui s'enchaînaient entre eux et aux bâches, se préparant au choc. Elle conseilla la fuite à Nils. Il repêcha à la hâte Léa et Dagmar entre des militants qui chantaient le Aka[3], pour se donner du courage et ils parvinrent tous trois à s'enfuir avant la charge policière.

Le technicien cliqua sur le bouton de droite  de la souris et choisit « Imprimer ». La photo HQ  de Nils, Léa et Dagmar s'enfuyant dans la panique de la manifestation au Blayais sortit sur l'imprimante.  Lebourrin s'en saisit et la montra à un type en costume Gucci et lunettes noires.
-         Bon, je suppose que si on file ça à vos gusses, ça sera suffisant pour les faire taire.
-         Ne vous méprenez pas sur mes intentions. Je veux juste récupérer mes fonds.
-         On pourrait joindre l'utile à l'agréable, non ?
-         Je crois qu'on ne joue pas dans la même catégorie. Je travaille pas pour l'Etat français, mes tarifs sont trop élevés pour eux.
-         Et qu'est-ce qu'on fait pour l'autre zozo, celui de Webactu ?
-         Ils sont à Barcelona, pas vrai ? Tu n'as aucune compétence de ce côté-là des Pyrénées, donc, c'est moi qui m'en occupe. Comme des autres, d'ailleurs... Et toi, tu fermes ta gueule d'incompétent.
-         ...
-         Vois le reste avec mon secrétaire. Il te remettra l'enveloppe...

[1] Massachusetts Institute of Technology
[2] Genre culinaire espagnol, élevé à Art par les basques espagnols. La tapa ou couvercle où était disposée un peu de nourriture fut destinée à recouvrir les verres des écuyers de Carlos III, afin que ceux-ci mangent entre chaque verre d'alcool et que, par conséquent, un peu moins saouls, ne fassent plus verser le carrosse royal. La tapa a pris ses lettres de noblesse au 20ème siècle, tout d'abord en Euskadi puis en Catalogne et enfin dans le monde entier.
[3] Chant guerrier maori

miércoles, 15 de junio de 2011

16. Lucio et Le méchant nuage islandais… la caravane passe !

Résumé du précédent épisode : en panne sèche de carburant et d’oseille, Joël envoie Frédéric prélever à Douai un impôt révolutionnaire à une organisation  internationale de blanchiment d’argent. On the road again, tout le monde descend à la dune de Pyla dans le sud-ouest.

Joël, tout rafistolé de la face aux baccantes et cheveux blonds cendrés, après le passage obligé sous la coupe du coiffeur d’un de ses amis qu’il avait du côté de Biarritz, ne se sentait plus pousser les ailes. Comment rallier Reykjavik en passant inaperçu. La voie maritime, pas question, le temps pressait. Il n’avait plus d’autres choix que de prendre son envol depuis un aéroport où il devrait jouer les passe-murailles à la vue de la marée chaussée. Quitter la France par les Pyrénées sans se risquer à la vie brève d’un Walter Benjamin à bout de force. Vaste dilemme ! Le coupe tif appartenait à un réseau libertaire d’anciens passeurs de compagnes et compagnons libertaires en fuite du régime de Franco. Certes, même s’il n’avait plus les gambettes qui dansaient le jerk sur les contreforts. En revanche, son fils Ortzadar était tout désigné pour le remplacer.   
Lors d’un repas fraternel et bien arrosé comme les Basques en ont le secret, Joël se régala d’un merlu aux oignons dorés et poivrons doux. Il fit la connaissance de Satur Urtubia qui était toujours enthousiaste à l’égard de son frangin Lucio, célèbre anarchiste, faussaire, braqueur…mais tout d’abord maçon.
-         Il n’était pas bagarreur mais il pouvait être énervant. Il était aussi un peu fou et excellent monnayeur. Avec l’impression de vingt millions de dollars de faux travellers chèques, tu n’imagines pas. C’est lui qui a mis à genoux la First National City Bank, la plus grosse banque mondiale, avant de se prendre un retour de bâton derrière les barreaux où il obligea les grands banquiers à négocier ! C’était un homme qui mettait toujours en avant sa morale anarchiste, dès lors qu'Il n'y a pas de profit personnel et que tout revenait aux comparses fraternels. Voler les riches n'est pas du vol mais un devoir et un sport de combat.
Oui, en effet maintenant lui revenait en images le documentaire basque intitulé justement « Lucio ». Avec les nouveaux moyens technologiques à portée de doigt, Joël se demanda comment un tel homme les aurait utilisées pour mettre à terre toutes les banques fer de lance de l’édifice capitaliste. Il se sentit tout petit à côté du portrait de cet homme entier pour le moins singulier qui avait milité toute son existence dans un esprit de partage. Après quelques verres de sangria, Il jugea mi-figue mi-raisin, que l’équipe de branquignoles formée de Frédéric, Nils et les deux jeunes femmes, n’avait pas inventé la chignole.
L’air des hauteurs à vouloir toucher le ciel impulsait ses pensées à s’élever. Ses pieds peu habitués aux marches lui rappelèrent le chant des ampoules. Côté basque espagnol, une autre équipe le prit en charge jusqu’à Barcelone où il ragea pour une fois contre dame nature. Les Trolls s’étaient donné rencard pour qu’il ne parvienne jamais en Islande à temps. Sous le nom de Grimsvoetn, un volcan crépitait ses fumées et entachait le trafic aérien. Il fulminait sa rage. Ce style de  nouvelles en principe le mettait en joie d’économiser des millions de litres de kérosènes à ne pas cracher les poumons de notre atmosphère terrestre. Mais quand les retombées le concernaient lui directement, il redevenait le pékin moyen débile à trop regarder son nombril. Encore un rencard raté avec Julian Assange ! Il était coincé à Barcelone pour une durée indéterminée…. 
En raccourci et en langage codé par le bigot phone, Joël apprit de la bouche de sa sœur que le manque à l’appel de Frédéric à son bahut avait éveillé quelques soupçons. Elle inventa quelques bobards et raisons de santé d’un concombre espagnol mal passé qui avait dû nécessiter l’hospitalisation de son rejeton en vacances chez ses grands-parents. Tous les profs s’étaient mis en cinq pour faire parvenir les cours à leur élève prodige. En attendant celui qui ne se foulait jamais le derche pour cogiter ses équations et qui se passionnait pour la philosophie de Nietzche apprenait à buller et butiner les surfeuses, du moins une en particulier. Une certaine Hegoa à la chevelure tournesol qui lui tourneboulait tous les sens, qu’il en perdait la boussole. Une peau tannée, un joli nez bien droit dessiné au milieu du visage soulignait des quinquets très noirs et perçants qui riaient tout le temps. Elle portait son prénom à contenter la merveille du monde. Quand elle lui confia la signification, il lui jura qu’elle le portait à la perfection. Les montagnes qui se jettent dans l’océan Atlantique, c’est forcément le sud et le sud c’était Hegoa à la perfection. Athlétique et de sept ans son ainée, elle se fichait pas mal de détourner un ado de sa puberté pour l’initier aux arts des corps à corps avec tous les plaisirs de la vie. Le bigleux boutonneux un peu rachitique, tout le contraire de ses amis surfeurs, avait un œil pétillant et de l’esprit avec des mots à lui et des autres qu’il conjuguait au présent d’une poésie réaliste qui la touchait. Il n’avait pas l’insolence de ces parigos outranciers et si méprisants pour les autochtones et qui se croyaient toujours en terrain conquis. Au début, elle s’amusa avec ses allures de môme un peu paumé, puis elle perça sa finesse et son humour charmeur. Résultat des vagues sur le calendrier, Frédéric aspirait à la couche dans la caravane de sa bonne copine et avait oublié tous les rudiments du lycée caserne. Il n’ouvrait plus sa boite courriel mais seulement son corps à elle.
Nils le théseux en physique quantique cachait bien son jeu. Il apprenait avec une observation minutieuse des ondulations marines dans un vrombissement assourdissant et la force des courants selon les marées, à calculer les courbes et choisir la bonne vague, la vague ! Il progressait et affinait sa technique. Il avait tout de suite été accepté parmi la communauté des surfeurs. Un certain succès d’estime était partagé envers lui au grand dam de Léa qui ne le voyait pas de ce regard. D’autant que Dagmar escaladait au moins deux fois par jour la dune de Pyla les pieds nus. C’était bon pour son entrainement, et dès fois qu’il faille manger du sable des déserts, elle disait. Léa commençait à s’ennuyer ferme. Joël lui manquait. C’était le seul adulte de la bande qui avait vraiment les épaules larges et la tête au clair. Une envie de bouger de ne pas s’encrasser la turlupinait. Insouciants et pas vraiment conscients de la situation, Nils, Dagmar et Frédéric décompressaient pendant que Léa bouillait de l’intérieur.
Une manif était prévue cette prochaine fin de semaine à la centrale du Blayais dans le département de la Gironde. Ses petons la démangeaient de se manifester avec les personnes un peu conscientes et militantes, tout du moins un minimum informées des dangers de l’atome et qui savaient parfaitement que Fukushima était un clone de toutes les centrales nucléaires en activité sur la planète. Bon vent ! Seulement c’était très risqué. Les flics en visionnant les bouilles des manifestant(e)s pouvaient la repérer. Mais qu’à cela ne tienne, une activiste derrière son écran était une activiste à moitié crevée. Contrairement à Dagmar. Elle ne croyait toujours pas à la pertinence des appels à la révolution par ondes interposées. Rien ne valait le contact charnel des corps qui meuvent leur pas dans la même direction d’une même voix forte. Alors, j’y vais ou j’y vais pas ?
             

15. Panne au Pyla.

Résumé du précédent épisode : de l’air enfin ! Les champs de betteraves inspirent Léa à confier son malaise de vivre en marge poursuivie pour survivre. Les autres essaient de lui soutenir le moral tandis qu’à Paname, Lebourrin accuse le coup de son incapacité à arrêter le trio infernal des activistes qui ont recruté Joël et son neveu Fred.


L’incroyable prototype glissa doucement sur la pente jusqu’à aller se loger sur le parking d’une station-essence, comme par miracle. Joël toisa son neveu avec sévérité.
-         Mon cher Frédéric, comme tu ressembles à ta maman…
-         Mais c’est une voiture solaire ! Sauf que j’ai du rajouter un petit moteur à explosion, au cas où le ciel serait couvert…

Comme pour souligner les propos bafouillants du génial inventeur, un orage vint crever au-dessus de la station-service, démontrant le peu d’étanchéité d’une carcasse de DS7 plaquée sur un prototype.
-         Tu parles d’un abri anti-nucléaire ! D’ailleurs je pense aller me réfugier dans ce bar, qui semble plein à craquer de camionneurs, afin de me ressourcer…, lança Dagmar tout en serrant la main de Léa comme pour l’entraîner sur son coup de tête.
-         Fais-nous de la place, poulette, on arrive… quand l’orage aura passé… Et au fait, tu veux que je te garde tes bottes ? tempéra Léa tout en se dégageant, délicatement mais fermement de l’étreinte.
-         T’es vraiment prête à n’importe quelle saloperie pour me faire passer pour une conne, pas vrai ? cracha, vexée que son amante ne la suive pas aveuglément.
-         Au fait, vous avez des sous pour la pause-café ? Parce que partir sans payer, étant sous le coup d’un avis de recherche et capture, ça ne la fait pas, que ce soit pour les cafés comme pour l’essence… ironisa froidement Nils.

Tous tentèrent alors de repêcher jusqu’aux centimes d’euros hantant le fond de leurs poches, avec un bien maigre résultat. Dagmar grogna.
-         Himmel. Mais toi, le Grand Inquisiteur de mes deux, t’as des thunes pour  poser une question pareille ?
-         Ouais… du pognon extracommunautaire… des couronnes norvégiennes…, avoua Nils
Le silence pesa sur les têtes et boosta les neurones affolés : comment subsister sans argent alors que l’on est en cavale dans une bonne vieille société capitaliste ? Joël était coutumier du fait, éternellement dépourvu de fonds, il avait fait plusieurs fois le tour du monde de cette façon. Sa joyeuse et élégante attitude militante lui ouvrait toutes les portes, débloquait toutes les aides nécessaires. Mais ici, dans la Brie profonde, cela fonctionnera-t-il ? Frédéric, quant à lui, retournait en vain la doublure de son blouson. Un orage éclata, soulignant le peu d’étanchéité d’une carcasse de DS7 posée à la hâte sur un prototype de voiture solaire. L’adolescent  soupira en s’abstrayant dans la contemplation de l’obscur restaurant de la station-service.
-         Ils n’ont même pas le logo « carte de crédit » sur leur porte…. Au troisième millénaire, ça craint et je crois…. Observa-t-il, dépité.
-         SHHH !!! Ça y est, je tiens le bon bout !  interrompit Joël, les synapses en accéléré. Frédéric, mon petit, en dépit de notre panne de moteur, la connexion wifi serait-elle en état de transmettre ?
-         Affirmatif mon capitaine, rugit Dagmar qui avait déjà ouvert et connecté son mini ordinateur portable.
-         Bien, ma petite Dagmar. J’ai horreur qu’on m’appelle mon capitaine. C’est pas pour rien que j’ai déserté quand j’avais ton âge. Peux-tu te rendre sur http://dsk.1357.hjfyk.8429.kr comme nom d’usager tu mets « Ltd. International » comme mot de passe « admin ».
-         Sans blague ? Ça marche encore ? Mis à part ça, je ne te reconnais pas le droit de m’appeler « ma petite Dagmar »…  Putaaaain. Mais qu’est-ce que c’est que ce bin’s ?
-         Disons le coffre-fort d’une multinationale spécialisée dans le blanchiment industriel, avec des agences dans tout paradis fiscal qui se respecte. J’ai eu les codes par leur comptable, qui, se mourant des conséquences du Sida, désirait se racheter son Karma… Donc, tous ces comptes et la fortune qu’ils représentent…
-         Est de l’argent qui ne sera jamais réclamé ni dénoncé par les véritables propriétaires ! termina Dagmar.
-         Bravo ! salua Joël, mais nous devons aussi nous protéger car ces gens-là peuvent être très très dangereux. Donc Dagmar peux-tu transférer quelques dizaines de milliers d’euros, de préférence depuis plusieurs de ces comptes ? Le compte de destination quant à lui doit avoir été peu utilisé, ne doit pas être repéré. Il sera fermé aussitôt la transaction achevée et l’argent retiré. Nous devons nous rendre dans une ville suffisamment importante pour que la succursale bancaire dispose des fonds qui nous sont nécessaires. Je pense que Frédéric mon neveu est le plus indiqué d’entre nous. Il n’est pas surveillé ni même repéré. Mais j’ai des scrupules quand je pense au savon que va me passer ma sœur...
-         Ça y est, glapit Dagmar pianotant sur son clavier, j’ai une succursale de la BNP à Douai, à côté de l’Imprimerie Nationale. C’est de là que partent les billets pour la France entière…
-         Tonton, les amis… Juste pour vous dire que je suis très honoré de mettre mon compte en banque à votre disposition… Je suis tout juste majeur et vacciné et je viens d’ouvrir un compte à la BNP… Allez, on est presque obligés de le faire, avec tous ces billets neufs et non marqués qui nous attendent…
-         Mon petit, je suis fier de toi…avoua Joël, les larmes aux yeux
-         T’inquiètes, je t’arrangerai le coup avec maman… le rassura Frédéric
-         Les transferts sont en chemin vers ton compte, confirma Dagmar
-         Il faut juste trouver le moyen d’arriver jusqu’à Douai avant 13h… soupira Léa, tête basse.

Un rutilant poids-lourd design d’une entreprise suédoise de téléphonie fit miraculeusement apparition sur l’aire de parking de la station-service tandis que l’orage se calmait. Nils parut se réveiller soudain. Il s’éjecta de la voiture, déplia son grand corps et se dirigea vers le camion. Le conducteur baissa sa vitre, il était blond comme Nils, il parla un instant avec ce dernier avant de le faire monter dans son camion.
Lorsque Nils revint vers la voiture, il arborait son sourire des grands jours.
-         C’est un suédois, mais il vit juste à côté de chez moi, de l’autre côté de la frontière. Il nous emmène à Douai, mais pas question de lui proposer de l’argent. Il a catégoriquement refusé à l’avance et je m’en voudrais de le blesser…

Dagmar, à son plus profond dépit, fut consignée de garde à la voiture. Joël jugea prudent de lui adjoindre sa chérie. Léa se chargea d’étouffer les dernières récriminations de sa copine entre embrassades et missions spéciales.
-         Partez tranquilles les garçons, on va étudier les itinéraires en votre absence et on vous fera plusieurs propositions…

Une fois l’équipe masculine embarquée dans le poids-lourd, Léa tenta de réfléchir. Il n’était pas question de continuer à fuir droit devant, il leur fallait un plan d’action. Il fallait tout d’abord estimer ce que l’ennemi penserait qu’il serait. Probablement les flics contrôleraient les voies d’accès à l’Allemagne. La transaction de Douai serait certainement repérée rapidement et les confirmerait dans leurs intuitions. Il fallait donc s’enfuir vers le sud-ouest, alors que les forces de contrôles seraient orientées vers le nord-est. Ils s’attendraient à nous voir sur les routes secondaires, ce qui rendait les autoroutes une option plus sûre, en dépit des caméras des radars. Léa se plongea dans l’étude du côté gauche de la France. D’après la carte, il semblait y avoir une large bande de côte Atlantique, en-dessous de Nantes, relativement peu peuplée. Pas de grandes villes, peu de villages, beaucoup de forêts et une plage infinie pour y être perdu de vue.

Les hommes étaient revenus en taxi anglais, égaré dans le Nord de la France, avec des sacs bien remplis et une bouteille d’un bon champagne Veuve-Clicquot.
-         C’est pour fêter mon entrée en dissidence ! proclama Frédéric
-         Dis plutôt en délinquance, mon trésor… grimaça  Dagmar.
-         N’exagérons rien… Tout au plus un impôt révolutionnaire… Faisons plutôt le plein de cette foutue voiture solaire…

Léa déploya la carte de France et signala la zone qu’elle avait repérée. Frédéric réagit immédiatement.
-         Oh, super, la dune du Pyla !  J’ai des potes qui font du surf là-bas !
-         Parfait, conclut Joël. Ils vont nous apprendre à tenir sur une planche.
-         Euh… tonton, ça m’étonnerait… Ils sont tous en train de s’entraîner pour passer dans le circuit professionnel… Mais ils nous feront certainement de la place dans leurs caravanes…
-         Bon, je m’occupe du plein et on fonce vers la dune du Pyla.

Nils s’activa aussitôt  et, sans que l’on puisse déterminer si sa prestance ou celle des billets de cinquante euros frais, lisses et encore craquants, avait emporté le zèle du pompiste, qui alla jusqu’à nettoyer l’immense pare-brise de la DS7. Le soleil brillait à nouveau dans le ciel et les batteries chargeaient correctement.
-         A2, A11, A33, A20, dicta abruptement Léa.
-         Tu joues à la bataille navale ou c’est un mantra ? pouffa méchamment Dagmar
-         M’enfin ! C’est la route qu’on doit prendre si on veut éviter Paris !

Quelques centaines de kilomètres plus loin, Dagmar avec acharnement bouffait du sable blond, cramponnée aux oyats tandis que Léa lui criait d’abandonner, depuis l’escalier qui montait au sommet de la dune du Pyla.
-         Ach so ! Parce que sans doute tu t’imagines avoir une vision réaliste de la situation ! Moi, ce qu’on m’a appris c’est que pour avoir une vue générale, il faut prendre de la hauteur ! Tu préfères prendre le chemin marqué, quitte à toi. Moi, je choisirai toujours la voie alternative !
La réponse de Léa lui parvint entre les hululements du vent :
-         Tu n’as aucune chance contre ces millions de mètres cube de sable ! Evite le ridicule, redescends !
-         Je ne redescendrais que dans une glissade de 250 mètres, depuis le sommet de la plus haute dune d’Europe!

Tout là-haut, on était à hauteur des mouettes, qui se laissaient bercer dans les courants ascendants en fermant les yeux. Le silence était zébré de leurs rires et des feulements des vents, qui parfois s’opposaient en tourbillons spectaculaires. Seuls les oyats parvenaient à y résister. Les deux filles se rapprochèrent de la pente douce de la dune, d’où elles aperçurent Nils, transformé en surfer norvégien, menant la bande de copains adolescents de Frédéric à l’assaut des vagues. Ils lui confièrent ensuite avoir eu la sensation d’un assaut à un char de CRS, c’était très exaltant le surf arctique !

Mais où était donc Joël ? Planqué dans la caravane des jeunes surfeurs, il réactivait certaines connections siennes avec l’Islande. Pas question de laisser Webactu planté là, Titanic d’Internet, à cause des jaloux saboteurs amateurs de la DGSE. La réponse, sous connexion belge, ne se fit pas attendre. « Toi et ton équipe sont invités en pension complète à Rejyavik ». Ce qui signifiait que Julian Assange, l’âme de Wikileaks serait présent dans la capitale islandaise, lui aussi…