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L'une vit au milieu de la Méditerranée, l'autre sur les rives de l'Atlantique. Ils ne se sont jamais vus mais écrivent à quatre mains et deux citrons givrés.
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jueves, 21 de abril de 2011

8. Dagmar décolle : une sortie sur les chapeaux de roue.

(Résumé : Planqués dans une tombe aménagée du cimetière du Père Lachaise. Dagmar et Nils penchent pour un attentat de la DGSE contre Webactu. Lebourrin hors-jeu dans son enquête joue les cartes de Madame Romano. Difficile dans ces conditions de prévenir l’avenir !)
Nils fut aux nouvelles dans sa cabine onde courte. Les deux jeunes femmes profitèrent de sa relative absence pour se  prodiguer des soins de longue haleine, grandes eaux au programme des réjouissances. Léa reprenait des forces dans les bras de son amante. La Singette sourit aux vampires.  Dès le deuxième jour, à la mine fermée de leur géant préféré, elles comprirent qu’elles devraient faire le deuil à l’hommage réciproque de leurs béances. Nils leur fit un topo noir de la situation atmosphérique.
-          L’air est irrespirable. Ils nous prennent pour la RAF du groupe Baader / Meinhof.[1]. Avec une prime, à qui rapportera des renseignements concernant nos portraits placardés dans tous les lieux publics, avec nos caractéristiques physiques. On se croirait rendus comme au bon vieux temps héroïque de l’Allemagne fédérale. Quand on cherchait des terroristes dans les poux des milieux étudiants, en soutenant sciemment les bases américaines en Allemagne, les B52 US se préparant au largage de l’Agent Orange[2] au Vietnam. On ne peut plus sortir, nous sommes trop facilement repérables. Et je vais arrêter mes dialogues ondes courtes, par mesure de sécurité… Mais ce serait bien de reprendre contact avec les sympathisants allemands…

Les quatre yeux se fixèrent sur Dagmar, qui éructa de rage, se trahissant elle-même.
-          Me regarde pas comme ça, macho, merlu, et prends pas tes désirs pour des réalités ! Ce sera plus facile pour moi pour passer inaperçue ? Sans doute, mon grand, et pendant ce temps-là, tu feras souffrir la pauvre Léa avec ton sale machin pointu !
-          La situation parlons-en. Le délit de sale gueule, c’est pour nous et tant que Léa ne sera pas assez en forme pour bouger, on doit rester très prudents. D’autant plus, que d’après mes informations, l’étau se resserre. On ne peut plus faire confiance aux compagnes et compagnons à l’extérieur qui seront forcément pris en filature et interrogés. On ne doit compter que sur nous.

Léa apporta une certaine respiration, tapotant sur son pc.
-Les amis, vous oubliez notre outil favori !
-Vérolé jusqu’à la garde notre outil. De source sûre, un ami hacker me l’a démontré. Je ne te parle Même pas de nos téléphones portables, tous justes bons à être jetés à la poubelle. Il n’y a pas mieux comme balise et comme fil à la patte pour les flics. Pire que nos cartes de crédit.

À la grimace de Léa, Nils comprit son désarroi profond.
-          Ne t’inquiète pas frangine, j’ai un plan de repli en province. C’est une affaire de deux ou trois jours.
-          Je te croyais fils unique, salaud de macho. Vous me donnez la gerbe tous les deux, moi j’ai besoin de prendre l’air.

Dagmar était prête à claquer la lourde du tombeau, quand les bras du molosse la ramenèrent à la raison.



-          Lebourrin cheval gagnant ! Ah ah les caves !
Dans une remontée de coke, le commissaire décravaté se revit en culottes courtes, coursé par la bande ennemie qui voulait lui piquer tous ses boutons de culotte en imitant les chevaliers teutons au galop.
-          Lebourrin n’est pas le bourrin que l’on croit et d’ailleurs je vais leur prouver à ces empaffés qui me laissent mariner toute ma sueur dans ce bureau crado dans le but de retrouver les ennemis publics numéro un. Cette Léa est flanquée de deux étrangers, même pas en règle avec les services de l’immigration : mais que fait la police ? Ah, ah, ah, elle est trop bonne, faudra que je la place en haut lieu !
Il soliloquait son impuissance depuis un bon quart d’heure, quand dans un éclair, il ses idées se remirent d’aplomb toutes seules (la magie de la coke).
-          Mirza, non, la dame Romano serait une visiteuse de nécropole, la belle affaire. « Celle que vous cherchez est au cimetière », « celle que vous cherchez est au cimetière ».  Quelle conne. Je me suis bien fait avoir.

La voix lancinante de la mage à la marge de toutes les rationalités lui trottait les sabots. Léa se trouve au cimetière six pieds sous terre et l’affaire est classée. Mais oui c’est bien sûr ! Elle se trouve au cimetière !
-          Je vais joindre le petit Théo à la mondaine. Il parait qu’il s’en passe de bonnes à la tombe où il fait bon de s’asseoir. La tombe d'un soir, quelle passoire ! Ah ah ah, elle est vraiment très bonne, trop drôle !

Les orgies au clair de lune avaient toujours cours et certaines sépultures fraiches attiraient les détrousseurs de vertu moribonde. Un certain Jean-Noël Astrid coutumier du fait avait déjà passé six mois au placard. Il y avait une chanson de dérision des années 70. C’était le groupe Odeurs, si les fiches de la DGSE étaient exactes. Le tact de son chef de file leur permettait de rire dangereusement de tout avec talent  Il pianota le nom de l’énergumène au blaze de naze, un certain Ramon Pipin. Et d’un clic, il ouvrit ses esgourdes à la chique musique qui lui balançait un refrain décapant. C’était vraiment bien torché.  Astrid est à l’amour / Ce que la chambre froide / Est à l’Institut médico-légal / Et si elle préfère Charcot / Au marquis de Sade / C’est dû à sa nature sentimentale / Pour conserver l’amour / Le froid est souverain / Ainsi s’explique l’éternel féminin[3].

Il allait se l’interroger ce Jean-Noël Astrid et peut-être même Ramon Pipin en chanson à sa façon, ce serait une première. Qui avait dit déjà que la police ne savait battre la mesure de la musique avec un bottin sur la tête ?

                  
Dagmar énervée était toutefois un poids plume comparée au géant. Elle savait que sa haine pour l’homme qui voulait lui rafler sa tendre ne perdrait rien pour attendre et que l’heure venue, il payera son dû à l’ordre des  Amazones. Patience, patience…. Fardée, perruquée, vêtue passe partout, mais rembourrée tout de même aux jointures, le casque à la main, elle se rendit à l’évidence crasse. Nils l’avait pourtant prévenue en lui tendant les clés de sa BM.
-          Ta mob antique est HS, essaie plutôt mon valeureux destrier. Actionne juste la manette du réglage de la hauteur de la selle si tu ne veux pas morfler du macadam. Ce serait vraiment trop con, une chute au point de mire de notre planque.

Ses sarcasmes à son encontre l’avaient toujours meurtrie, d’autant qu’à en croire Léa, il était très doux dans l’intimité. Tu parles Charles et ses gonades en sautoir, il devait la troncher à couilles rabattues, qu’elle en crèverait sa Léa si fragile. Il fallait coûte que coûte s’extraire de ce bourbier sans l’aide d’aucun homme, même soi-disant bien intentionné. Elle en avait ras le clito qu’on lui indique le cap à suivre. À propos de cap justement, au début c’était difficile les manœuvres au ralenti, étant donné le gabarit de l’engin. Mais une fois en mouvement, après quelque temps pour s’habituer, la moto lui semblait assez légère et agréable à piloter. Juste à l’arrêt, il lui fallait motiver son attention sur un pied. La nervosité de sa  Husqvarna 750 à lui doper l’entre cuisse comme un bon gode des familles, l’allemande à côté lui sembla très froide. Elle savait la personne idoine à rencarder avec la carte mère afin de toucher le groupe qui planquait Joël. De sa bouche amoureuse, Léa serait folle de joie d’apprendre des nouvelles de son rédac. Dagmar était dingue de cette jeune femme française pas si courante. Son coup de foudre berlinois au corps animal pouvait supporter sa main en elle plus que toutes autres compagnes aguerries. Elles se jouaient au jeu de la main chaude et rien que d’y penser, elle en éprouvait des frissons. Rue Gailuron, elle gara son engin sur la chaussée prévue à cet effet. Elle riva l’antivol en forme de U et déposa son casque dans le top case. Dagmar passa à plusieurs reprises devant le numéro 33 sans s’arrêter, feignant de défaire son harnachement de motarde. Elle vérifia dans le reflet d’une vitrine de fringues que personne ne la suivait et s’introduisit dans le passage. Et là, quelle ne fut pas sa surprise !


[1] Entre  1972 et 1977  en Allemagne fédérale, la RAF, groupe révolutionnaire armé se bâtit contre la guerre au Vietnam, les intérêts américains, la presse torchon…  jusqu’en 1977 avec l’assassinat des prisonniers à la prison de Stammheim, voir « RAF Guérilla urbaine en Europe occidentale » de Anne Steiner et Loïc Debray, éditions l’Echappée, 2006
[2] Poison chimique, puissant défoliant, inventé par la firme Monsanto dans les années soixante pour le compte de l’armée américaine.
[3] Astrid de Costric et Gaspéris in l’album  Ramon Pipin’s Odeurs : 1980 : No sex !

miércoles, 13 de abril de 2011

7. Intermède Mystique

 (Résumé du chapitre précédent : Léa s’évade de l’hôpital avec la complicité de Nils et Dagmar qui se jouent les frères ennemis. Lebourrin en carafe délaisse la coco pour les amphétamines et s’en remet aux images d’un mage !)
La brèche dans le mur d’enceinte était à sa place, au bout de l’impasse. Les deux filles se baissèrent et se faufilèrent jusqu’à la brèche, où elles s’introduisirent subrepticement. Nils, de sa haute stature, surveillait les environs. Son AK45 paraissait tout petit dans sa grosse paluche. Il n’avait pas besoin de se dissimuler, il savait que tout éventuel témoin, à le voir, préférerait fermer les rideaux. Il rejoignit la brèche tranquillement et, avec une agilité surprenante, s’y introduisit. Tous les trois coururent en silence dans les allées du cimetière du Père Lachaise, jusqu’à la chapelle d’une famille éteinte, que Niels avait aménagée en cas de coup dur.

A peine furent-ils à l’abri que les hostilités atomiques commencèrent. C’était l’une des nombreuses planques de Niels, aménagée à la nordique, une cabine de sauna coincée dans un tombeau. Dagmar étouffa dans l’instant, son visage se crispa, elle jeta sa perruque violemment à terre.
- Et il a fallu que ce sale ruck[1] nous installe à côté de la tombe de Victor Noir[2] ! Himmel[3] ! Je peux pas le croire ! Sale machiste obsédé du manche !
- Please, Lea, keep your bloody Yungfraü quiet or I’ll smash her face into the toilets in order to cure her ovulation hysteria[4]
- Bon, écoutez, les copains chéris, on va se faire un petit café avec des croissants pour pouvoir parler dans la joie et la bonne humeur. On est à Paris, quoi, merde…
- … Mais… t’as des croissants ?

A la faveur d’un thé au jasmin (le seul que Nils ait en magasin), les âmes se rassérènent et l’on put enfin parler des choses sérieuses. Léa dut cependant s’asseoir entre les deux afin d’assurer la continuation des accords de paix.

Ainsi Joël, l’âme de Webactu était en vie. Un véritable miracle. Il avait été éjecté par le souffle depuis la fenêtre des toilettes lors de l’explosion et un sympathisant allemand de garde dans le secteur avait pu le récupérer et avertir le réseau sur Internet. Aussitôt, l’impeccable organisation d’outre-Rhin s’était-elle mobilisée et de véritables escadres étaient sorties de Cologne pour sauver le patron de Webactu, une page qui avait sa version germanique et ses millions de visiteurs journaliers en Allemagne. Depuis Berlin, Dagmar avait donc appris en avant-première ce qu’il était arrivé à son grand amour. Elle n’avait pas hésité une seconde et enfourché son Husqvarna 750 pour la sauver à Paris.

En dépit des accrochages, Dagmar et Niels coïncidaient sur un point. La DGSE française était derrière l’attentat contre Webactu, l’explosif Gomma 2 avait été subtilisé par ses soins dans les carrières militaires du Sud de la France, entre autres dans le but de déstabiliser l’organisation terroriste basque, qui se réfugiait encore dans le Sud-ouest du pays (pourquoi faire simple quand on peut tout embrouiller ?). La DGSE et ses petits copains du Commissariat à l’Energie Atomique n’avaient guère apprécié les petits rigolos de Webactu et la mise en cause de Marie Curie. Les programmes de maintenance des centrales nucléaires françaises étaient tous caducs, on avait frôlé la catastrophe à Bordeaux en 1999 et maintenant le gouvernement pouvait se glorifier du plus gros déficit d’Etat de la Communauté Européenne. Ce n’était vraiment pas le moment de dire du mal du radium.

Dans le même temps, Outre-Rhin, les énergies se mettaient en marche afin de s’opposer au projet suicidaire de la pourtant paisible Angela Merkel : remettre en marche le programme germanique de centrales nucléaires. Dagmar avait même peur qu’au-delà de la soi-disant dépendance vis-à-vis du gaz russe passant par l’Ukraine (alibi majeur du gouvernement allemand), il y ait une sourde velléité de programme militaire et par-là, l’irrésistible appât de succulentes exportations vers certains pays en voie de développement. Outre-Rhin, personne n’avait totalement oublié que la bombe atomique était une invention allemande.

Lebourrin, allégrement remonté par la dernière visite de son indic préféré, faisait tournoyer son parapluie comme dans le film « Singing in the rain », en remontant la rue des Abbesses, totalement étranger aux sombres conclusions des comploteurs du cimetière du Père Lachaise. Il avait finalement avalé la couleuvre de ses supérieurs : de longues décennies d’habitude et le cheval rentre tout seul à l’écurie. Lebourrin se sentait heureux et tout excité. A l’aube du troisième millénaire, la police nationale française entrait enfin à l’ère des nouvelles technologies, Cocorico ! C’était par email que Vishnouvoitou lui avait donné rendez-vous et il se dirigeait tout de go vers l’entrevue historique.

L’immeuble face auquel il s’arrêta ne lui inspirait qu’une confiance relative. L’édifice était bien tel qu’il avait pu se l’imaginer, pourri, sale, grisâtre, avec un buste de femme au-dessus de l’entrée,  des balcons en fer forgé,  des rajouts de plastique en guise de fenêtres aux étages supérieurs et des cheminées non entretenues bavant leur suie sur les toits les jours de pluie. Cependant, l’interphone était un modèle sud-coréen dernier cri, avec vidéo inviolable. On n’apprend pas aux vieux limiers à faire la grimace, ils ne connaissent que trop la perversité des rénovations modernes sur d’anciens bordels à multiples issues. Ce Vishnouvoitou ne semblait pas tombé de la dernière pluie, son nom n’apparaissait pas sur l’interphone. Mais Lebourrin savait qu’il n’avait qu’à sonner au numéro trois. Ce qu’il fit, en adoptant son air des grands jours « tranquille, mon petit gars, on est là pour arriver à un accord ». De toute façon, il pourrait toujours lui envoyer les Fraudes ou mieux encore lui coller un redressement fiscal. Les supérieurs avaient donné leur accord et débloqué les fonds mais cette fois-ci, ça ne couterait pas un cent à l’Etat, Lebourrin se l’était promis. Personne ne répondit à son appel mais la porte de l’immeuble s’entrouvrit. Il lui fallait maintenant monter trois étages. Ces salauds de rénovateurs avaient poussé le souci de la dissimulation au point d’éviter d’installer un ascenseur. Pervers !

Vishnouvoitou reçut le commissaire essoufflé.  Lebourrin, qui avait prévu un large échantillon de possibles extracommunautaires extradables dans l’heure, Pakistanais, Afghan, Indien, Roumain, se sentit passablement déboussolé face à ce blanc de blanc, à l’exquise civilité et à la mise impeccable, qui ressemblait plus à un boursier qu’à un mage. « Va pour le redressement fiscal ! » pensa Lebourrin et il commença aussitôt à travailler Vishnouvoitou au corps astral. La France avec majuscule condescendait à une visite dans les univers parallèles, implacable dans sa recherche des suspects et autres terroristes. Ce dernier mot sembla vaguement éveiller un intérêt chez le mage, qui invita le commissaire à prendre place sur les sacs de billes design qui décoraient son salon. Lebourrin avait le  design en horreur mais était suffisamment passionné des années 70 pour accepter d’y glisser une fesse. Malheureusement, le pouf n’était pas étudié pour le porte-à-faux, aussi Lebourrin s’effondra-t-il. Vishnouvoitou le considéra, le sourcil relevé. 
-          Fascinant. Vous êtes la première personne que je vois tomber de ce siège…
-          Écoute-moi bien, mon petit ami. Je suis venu à la recherche de la dénommée Léa alors ce n’est pas la peine de me faire le coup de la psychanalyse de supermarché, merci bien, je suis vacciné…


Lebourrin était en veine, l’insulte raciste sur la pointe de la langue, mais l’entrée d’une ravissante jeune femme blonde en sari indien lui provoqua un décrochement de mâchoire. Elle portait un téléphone sans fil aussi gazouillant qu’un nid de canaris sur un plateau, qu’elle présenta au maître. Vishnouvoitou décrocha, répondit en anglais (une langue que Lebourrin bafouillait à grand-peine), se leva puis s’éloigna en continuant son énervante conversation. Engoncé dans le sac de billes de polystyrène,  Lebourrin attendit, furieux, obsédé par l’idée que le mage lui facturerait le service, certainement sur la base d’un devis horaire. Le temps passa. Lebourrin s’emmerdait franchement. La jeune femme blonde en sari revint avec un sourire de miel qui n’annonçait rien de bon. Elle expliqua rapidement que le Maître avait dû s’absenter soudainement. Lebourrin hennit de dépit. Il avait payé d’avance. La jeune femme avec délicatesse ramassa son chapeau qui avait roulé à terre entre les hoquets de surprise et d’indignation du commissaire puis lui expliqua que Madame Romano, la fameuse artiste du Tarot de Marseille, élève et collaboratrice attitrée du Maître, était disposée à le recevoir. Tout en la suivant dans le labyrinthe de chambres de bonnes qui composait cet appartement, LeBourrin, tourneboulé, se demanda avec angoisse si le « Tarot de Marseille » était un cabaret des Bouches-du-Rhône.

Madame Romano portait un ravissant costume gitan. Dès l’arrivée de Lebourrin, elle jeta devant lui des cartes primitives, moyenâgeuses et parla sans même les regarder :
-          Ne laissez pas les autres se servir de vous. Vous êtes au centre d’une situation qui vous dépasse et par conséquent en danger. En grave danger.
-          Dis-moi ma petite poulette, quand tu auras fini de te sucer l’orteil, tu me le diras bien gentiment.
-          …Ce sont les cartes, ce n’est pas moi…
-          Bien. Puisque tu le prends comme ça en matière de cartes, je suppose que tu as aussi tes papiers.
-          Papiers ?
-          Passeport, carte de résidente, RIB, identité, quoi…
-          … S’il vous plaît, Monsieur, je suis roumaine et résidente en Serbie…
-          On m’a dit que t’étais de Marseille ! Toutes les mafias se retrouvent…
-          Ecoutez, monsieur, je vais retirer les cartes, pour vous gratuitement.
Elle battit les cartes nerveusement, tout en observant le commissaire à la dérobée. Bien des cousines avaient été expulsées de France. Il fallait jouer fin. Elle se décida à lui dire ce qu’il voulait entendre. Ce n’était pas bien difficile à deviner. Mais les cartes indiquèrent autre chose. Madame Romano toussota.
-          Celle que vous cherchez se trouve au cimetière. C’est ce que disent mes cartes.

Lebourrin ne la crut pas, se leva excédé par le temps perdu et l’argent dépensé et lui prédit la venue prochaine des services d’immigration.


[1] Couillon, en allemand
[2] Gisant dont le pantalon trahit une érection ; la tombe est très visitée, elle a même des admiratrices
[3] Enfer, en allemand
[4] S’il te plaît, Léa, tiens ta Vierge Sanglante tranquille ou je serais obligé de lui écraser la tête dans les chiottes pour l’aider à guérir de son ovulation hystérique, en anglais