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L'une vit au milieu de la Méditerranée, l'autre sur les rives de l'Atlantique. Ils ne se sont jamais vus mais écrivent à quatre mains et deux citrons givrés.

viernes, 15 de julio de 2011

20. Affreux sales et méchants portent tous le même costard!

Résumé du précédent épisode : les activistes sont accueillis chaleureusement à Can Mas Deu, fraternelle utopie en actes à Barcelone. Les débats à propos du nucléaire et du solaire vont bon train. Un drôle de zigoto propose une interview à Léa sans que l’assentiment de tous les autres ne soit à son comble.

La voiture suédoise se posta aux abords des Ramblas où les shorts et les tongs côtoyaient la fine fleur des pigeonneurs. Le souffle chaud relevait les dreadlocks de l’homme en costar. Elles paraissaient si légères, contenu du contraste vestimentaire qu’il portait comme un soutien actif à son maintien. Mais à Barcelone, plus que partout ailleurs dans les autres grandes métropoles européennes, on se la jouait dégagée. Dans une ruelle une enseigne vous tapait dans l’œil : bar Marsella.
-         Ah oui, c’est pas du côté de Raval, un quartier vachtement sympa et vivant avec plein de frangines très ouvertes ?
-                     Tu parles Dagmar, des frangines avec des poils aux seins ! Même qu’il y en avait une bien allumée qui m’a juré qu’elle avait rencontré la vierge sur Montjuich[1]. 
-                      On t’écoute Léa. Raconte ta discussion avec le cador.
-                     On s’est installés à une table et tout de go, ce goujat a annoncé qu’il voulait parler affaire. Je me sentais toute petite en ce haut lieu convivial qui n’usurpait pas sa réputation. Alfred Jarry et même Verlaine y avaient déjà posé leurs nobles fessiers et refait le monde à leur image. Les miroirs mats de poussière ainsi que les étagères recelant des bouteilles invitaient à la détente et aux confidences. A peine étions nous entrés et installés, que la barmaid à crête d’iroquois avait déjà déposé le verre d’absinthe à notre intention.
- C’est la boisson qui fait fureur ici.
Léa s’apprêtait déjà à porter à ses lèvres l’élixir….
-                     Vous n’y êtes pas du tout ma chère ! C’est tout un cérémonial qui va s’accorder parfaitement à notre conversation. La technique consiste à tremper le morceau de sucre dans le liquide avec votre cuillère puis le sortir en le laissant fondre au-dessus de l’alcool, un petit peu dans le pur style des junkies avec un briquet afin de le caraméliser. Plongez le sucre dans le verre qui s’épongera et régalez-vous. A vous de goûter.
-                     Hum ça a comme un goût d’anis.
-                     Je sais tout de vos agissements et où vous vous cachez. Quel que soit votre planque je vous retrouverai. Vous avez emprunté une somme qu’on veut récupérer avec intérêts.
Léa s’était levée brusquement ouvrant sa musette et extirpant son Luger cadeau de Dagmar. L’homme fut plus prompt à la réplique, qu’elle ne l’avait calculé. Il avait bloqué son coude et récupéré son arme, puis lui avait gentiment rendu avec un sourire complice.
-                     Laissez tomber votre antiquité, je vous croyais plus raffinée. Vous me décevez. C’est aussi ce que je pensais en étudiant votre dossier. Vous êtes des activistes amateurs. De grands penseurs aux idées creuses et totalement inoffensifs, sauf en ce qui concerne votre don de subtilisation des grosses sommes par le biais du virtuel. Là je crie au génie. Vous me rappelez un peu le héros du film Cavale[2], un terroriste qui s’évade de taule au bout de 15 années et se retrouve tout seul avec la réalité et ses idées d’antan de la révolution qui l’ont dépassé d’un cran. Les temps ont changé et surtout de nos jours. Dans les années 70 et 80, les terroristes du groupe Baader / Meinhof, les Brigades Rouges ou en France les militants d’Action Directe étaient pourchassés pour leurs actes politiques délictueux. L’Allemagne a libéré tous les militants impliqués dans ces mouvances. En France, ceux qui ne sont pas crevés de la peine de mort à perpétuité sont tous bousillés et on recule encore leur âge à prendre la retraite en liberté. Aujourd’hui, pour un pet de travers l’Etat envoie son escadron de la mort pour circonscrire l’affreux pétomane. Seule l’affaire de Tarnac a éclaboussé en plein jour. C’est l’arbre qui cache la forêt. Déjà en mai 2007, après la découverte d’un sac en plastique contenant des bouteilles de liquide incendiaire sous une dépanneuse de police garée rue Clignancourt à Paris, ce fut l’émeute paranoïaque dans les couloirs du ministère de l’Intérieur. La chasse à l’ADN était ouverte. La mouvance anarchiste et autonome était dans le collimateur. Le ministre Toutfeutouflamme brandit la menace terroriste. Et les bavures débordèrent en plein jour. Pour une infime bombe lacrymogène dans un sac, lors d’une banale manif, vous en preniez pour sept heures de garde à vue. Sous prétexte d’une consigne très stricte de la préfecture qui invitait à interpeller les individus « dont l’apparence et le comportement laissent supposer l’appartenance à un groupe à risque de la mouvance anarchiste ». La section antiterroriste du parquet avait les coudées franches pour mettre à l’ombre les individus louches selon les soupçons d’un nouveau délit de sale gueule. La Mauvaise réputation revue et actualisée par un Brassens et direct, on l’aurait mis au niouf, le poète révolté. En 2009, dans la nuit du 4 décembre, des gus s’attaquèrent à des distributeurs automatiques de billets avec des marteaux, de l’acide et de la colle afin de les rendre inopérants. Une soixantaine dans l’est parisien furent touchés par leur sauvagerie.
L’homme ouvrit le nœud de sa cravate et s’épongea le front avant de reprendre. Léa considérait le lustre antique.
-                     Je reprendrai bien un second verre de cet excellent breuvage qui m’ouvre de nouveaux horizons…
-                     Non. Je veux que vous gardiez les idées claires à tous mes propos. On vous sait parfaitement innocente de la bombe qui a explosé dans le local de votre webzine. Mais dans le contexte où il faut trouver un nouvel ennemi intérieur pour maintenir dans la peur la populace avant les prochaines élections de 2012. Vous représentez le monstre personnifié à abattre.
Léa haussa les épaules et commença à se lever.
L’homme la perruque de travers qui suait à gros bouillons lui tordit le poignet dans un subtil effort pour garder son sang-froid qu’il avait très chaud en fin de compte.
-                     Je peux vous aider. Il y a un moyen de jeter l’éponge sur votre emprunt substantiel involontaire, (hum hum raclement de gorge) en échange d’une simple enquête. Nous vous garantirons les défraiements en toute quiétude ainsi que le matériel nécessaire à vos investigations et nous pourrons même vous dénicher un grand quotidien français pour vous exprimer. Qu’en pensez-vous ?
-                     Nous ne sommes pas à acheter. Notre liberté n’a aucun prix.
-                     Attention, le plan B peut être très méchant.
-                     Vous ne vous sentez pas ridicule dans vos fringues de cadre moyen sortant du bureau. Oh, mais regardez les deux zigotos qui viennent d’entrer. Ils sont incroyables. Ils ont perdu l’usage de leurs corps.
-                     Ce sont des zentai, ils sont revêtus d’une combinaison intégrale qui recouvre leur anatomie comme une seconde peau. Ils popularisent des pratiques sexuelles venues du Japon. Je parie qu’ils vont se payer une tranche de plaisir au El Cancrejo[3], un cabaret très animé.
-                     Vous êtes incollable, vous alors ! Et une fois enlevé complètement votre uniforme, vous ressemblez à quoi ?
Un rictus marqua la gêne de l’homme qui savait tout.
-                     Léa je vous laisse deux jours. Je ne voudrais surtout pas qu’il vous arrive du mal. Faites passer le message à vos amis. On attend  votre réponse. C’est moi qui vous recontacterai. Je ne vous retiens pas. N’oubliez pas que je suis un ami qui vous veut du bien.
Son regard glissa entre les fesses de l’activiste qui d’un bond s’éjectait du bar, les cuisses à l’air libre.

Léa retrouva son clan à Can Más deu, alors qu’ils commençaient déjà à envisager des hypothèses plus tragiques.
-                     Ce type me parait extrêmement dangereux. A moins que Frédéric ne nous donne un sérieux coup de main afin de construire une fusée en quarante-huit heures, je ne vois aucun moyen de lui échapper.
Joël consultait le guide européen des utopies, son agenda personnel. Nils se frappait un poing sur l’autre tandis que Dagmar criait sa rage.
-                     Scheiss[4], encore un de ces tarés de mec qui aurait dû naître fille ! Je peux l’aider à changer d’angle d’attaque à ce porc !
-                     Pour une fois je consens d’approuver la teutonne. Je crois qu’il ne nous reste qu’une seule solution. Faire disparaitre définitivement ce nuisible
-                      Joël, dis quelque chose !
-                     Je crains que cette sorte d’individu se reproduise comme des clones. Si on le tue, ce dont je me sens totalement incapable et qui n’était pas du tout prévu dans notre escapade, je crois que je me rendrai à la police.
-                     Toi, légalement, tu es mort, alors ne fais pas chier.
-                     Tu ne vas pas baisser les bras, Joël, pas toi.
-                     J’ai repéré d’autres lieux d’utopies qui pourraient nous accueillir en Europe dont un situé à une heure de Berlin. Zegg, tu connais Dagmar ?
-                     Après un cimetière, une léproserie, tu nous proposes maintenant un ancien camp de la Stasi[5] voué en tant que laboratoire des politiques de l’amour. Je rêve ! Vous êtes tous barges !
-                     Faites l’amour pas la révolution, oui j’en ai entendu parler à Oslo.
-                     Il faut choisir, soit on tue l’affreux ou on se barre s’éclater les sens chez nos cousins germains ?
-                     It’s big dilemme ! On met aux voix….

Vos héros favoris prennent une semaine de vacances. Vous les retrouverez mercredi 27 juillet !


[1] (Le Mont des Juifs) 
[2] Film de Lucas Belvaux
[3] Cabaret le Morpion
[4] Merde
[5] Police secrète est-allemande

miércoles, 6 de julio de 2011

19. Et on tuera tous les affreux (Vernon Sullivan)


Depuis le périphérique engorgé de Barcelona Nord, il fallait prendre la sortie Canyelles jusqu’à la gigantesque rotonde Karl Marx (ça semblait un bon signe), puis laisser l’hôpital pour enfants sur la droite. Face au terrain de football, il fallait prendre à droite vers la montagne Segarra, puis tourner sur le premier chemin de terre à gauche, le camí[1] de Santiater, qui menait au cœur du Valls[2] d’en Más Deu, où se trouvait la terre des utopies, l’ancienne léproserie de Can Más Deu, sur laquelle flottait le drapeau noir des anars et okupas.  On était bien à Barcelona, la seule ville au monde qui ait vécu six ans sous gouvernement anarchiste, avant que les communistes du Poum n’y mettent bon ordre, sabordant le navire face à la sanglante avancée de l’armée fasciste.
Sur la carte que Dagmar avait descendue d’Internet, ça semblait facile. Mais Nils avait déjà plusieurs fois fait le tour de Karl Marx, sans parvenir à tirer au clair les panneaux écrits en catalan et remarquablement mal placés, tandis que Léa tournait nerveusement la carte dans tous les sens. Dagmar éclata de rire et les rassura :
-         Ne vous inquiétez pas. Je vois ce que c’est. Quelque chose comme une mesure  fossile sournoise qui a survécu depuis l’ère dictatoriale. On connaît ce genre de musique, dans l’ex-Allemagne de l’Est. Comme nos chers ex-dirigeants et camarades dictateurs ne désiraient pas que nous allions voir ailleurs, eh bien la solution facile et pas chère était de mettre en place une signalisation routière chaotique, embrouillée voire illisible…

Le chemin de terre Santiater était étonnamment bien entretenu. La raison leur en apparut quelques centaines de mètres plus loin : des punkies de crête orange ainsi que des rastafaris aux lourds dreadlocks s’acharnaient à tasser la route, remplir les ornières, arracher les mauvaises herbes, drainer les bas-côtés... Un panneau signalait l’entrée du parc naturel de Collserola, qui, depuis les montagnes ceignant Barcelona, dominait la ville. Celle-ci disparut soudainement derrière le mont Segarra. A présent ils étaient dans une forêt ombreuse et tortueuse de pins maritimes sculptés par le vent, qui exhalaient d’entêtantes odeurs de résine. Les cigales criaient leur désir d’amour, plus fort encore que le bruit du moteur.  Ils étaient dans un autre univers, à dix minutes de la trépidante Barcelona.

Jordi les accueillit au siège social des sans toit, le navire amiral okupa, l’ancienne léproserie de Can Mas Deu, puis les guida au travers des ateliers : mécanique, tuyauterie, récupération, jardinage, cuisine, etc. Niels s’était fait passer pour ce qu’il était : un journaliste norvégien. Les filles jouaient les assistantes et le suivaient, notant tout sur des calepins. On leur déroula les paillassons. A l’étage se situaient les chambres communautaires, où  le séjour était gratuit, et les chambres privées, que l’on payait à discrétion, au-dessus d’un minimum de 10 euros par nuitée. Toute la léproserie était alimentée en solaire, il y avait même un hamman qui fonctionnait grâce à un système récupéré d’une piscine. Léa s’intéressa aux panneaux solaires pour l’eau chaude bricolés, une reproduction de la « boîte noire » de de Saussure. Le tuyau noir de conduite de l’eau avait été entouré de bouteilles de plastique puis placé dans un cadre avec un couvercle de verre. Jordi assura qu’en une belle journée d’été, l’eau montait facilement à 90º. Heureusement qu’ils jouissaient aussi d’une belle et fraîche source d’eau pure. La conjonction des deux eaux permettait de prendre des douches agréables en toute saison. Mais l’alimentation en électricité était assurée par des systèmes solaires commerciaux. Jordi se lamenta sur leur coût élevé et expliqua comment leurs mères s’étaient cotisées afin que leurs fils rebelles puissent aussi jouir du confort moderne, indispensable pour les réfrigérateurs et les ordinateurs, la connexion à Internet. L’électricité solaire et tous ses aléas représentaient leur seule dépense fixe. A cet instant, un type bizarre, qui portait des lunettes noires, un costume italien et des dreadlocks tout à fait pourris, l’interpella comme s’ils étaient tous sur un Forum antique.
-         C’est sur que le solaire, non seulement ça ne fonctionne pas mais en plus ça coûte la peau des fesses.
-         Ecoute, Carles, ne nous fais pas chier. Je suis avec des Journalistes de Norvège.
-         Attends, Jordi, je veux dire quelques mots à monsieur… Quelle solution alors ? Acheter de l’électricité nucléaire à la France ?
-         Non, non, la municipalité ne veut pas nous connecter au réseau, soi-disant pour cause de Parc Naturel. Pour nous, qui vivons ici isolés, le solaire c’est un bon moyen de sortir de l’ornière. Mais ça n’empêche pas que les systèmes soient hors de prix. Sans subventions, c’est impossible. Ce n’est pas rentable comme forme d’énergie.
-         Non mais, tu crois vraiment que les autres sont rentables ? A-t-on vraiment intégré au prix du Kw/h charbon le coût du réchauffement climatique ? Quant au nucléaire… Rien qu’en Suisse, environ 15% des bénéfices nets des centrales nucléaires sont conservés sur un fonds, qui fonctionne comme une caisse de pensions (CAD soumis aux aléas de la bourse), qui sert en cas de coup dur et qui servira en fin de vie de centrale à affronter les surcoûts du démantèlement (aucun pays n’ayant mené à bien cette phase primordiale pour la sécurité des citoyens, les coûts de démantèlement ne sont pas estimés ni  intégrés au coût du KW/h nucléaire, de ce fait très bon marché). La Suisse, avec ses cinq centrales, possède déjà 4 milliards de francs suisses sur ce fonds. On peut s'imaginer que la France en crise, avec ses 57 centrales, ne possède pas un tel trésor de guerre. Dans le cas de Superphénix, une redoutable centrale française dont le démantèlement a commencé (et devrait s'achever en 2038), les coûts s'élèvent déjà à 4 milliards d'euros. D'accord, la technologie présentée comme étant de pointe au moment de sa mise en service a secrété au fil des ans un terrible poison très dangereux, un sodium radioactif qui s'enflamme au contact de l'air et explose au contact de l'eau, ce qui complique un peu le nettoyage. Pour le reste, disons les parties moins affectées de la centrale (80%), les Français le traitent comme de la poubelle normale, c'est-à-dire que les déchets de la déconstruction de centrales nucléaires sont dirigés à peu de frais vers les dépotoirs où la population accumule les ordures (souvent à proximité des agglomérations). Alors, de quels budgets cause-t-on ?
-         Votre point de vue est intéressant, répondit le zigoto. J’aimerais vous faire une interview sur ma radio, Radio-Solomon. Mon bureau est situé dans le barri Gotic de Barcelona. Si vous le désirez, je vous y emmène et je vous ramène après auprès de vos amis.
-         Il faut que je leur en parle mais je crois que ça peut se faire… pour une fois qu’on nous ouvre les ondes ! Pas question de rater l’occasion !
-         Je vais chercher ma voiture.

Tant Dagmar comme Nils ne voyaient guère l’escapade de Léa d’un bon œil. Il fallait qu’ils restent un groupe. Mais Léa insista, séduite par l’opportunité de séduire la Catalogne par les ondes. La voiture du zigoto était une confortable mais discrète SAAB. Nils, connaisseur de ces voitures de luxe du Nord, fit la moue et releva l’immatriculation. Ce n’était pas une voiture d’activiste.  D’ailleurs, qui était ce type qui emmenait Léa ? Jordi le connaissait seulement de vue, et depuis peu encore. Selon lui c’était un provocateur et surtout un emmerdeur.


[1] Chemin, en catalan
[2] Vallée, en catalan


jueves, 30 de junio de 2011

18. Léa se lance et balance à bouche que veux-tu !

Résumé du précédent épisode : En Euskadi, les activistes ont fait bombance avant de manifester à la centrale du Blayais. Sauf que, faute à pas de chance ou inconséquence, leurs bouilles se sont affichées sur l’ordinateur de Lebourrin qui convie un étrange personnage avec lequel il est sur le point de passer un marché.

1.                 T’es complètement dingue mon amour ! Tu ne peux pas rencontrer ce pseudo journaliste qui peut se cacher sous la casquette d’un flic, c’est trop risqué.
2.                 Calme toi ma belle teutonne aux obus divins, Nils va m’accompagner. Je ne risque rien.
3.                 Léa, dans ce cas je viens avec toi.
4.                 Désolée ma chérie d’amour tu risques de tout faire foirer. La vision de burnes sous un pantalon te donne la gerbe et la haine.
5.                 Je serai sage comme une image, je serai la garde rapprochée de ton  corps.
6.                 Justement, il n’en est pas question.
Dagmar sortit de la caravane en claquant la porte.

Frédéric, passablement amoureux, était parti surfer sans les vagues à l’âme familiale, avec Hegoa au Mexique et la bénédiction de Joël. De retour pour un bref passage en Gironde, Léa avait été contactée par un chroniqueur girondin, un certain Franck le Bartos, de mèche avec le groupe Joan Pau Verdier[1] d’Aquitaine. Il lui proposait une interview libre de propos pour s’expliquer et se défendre contre le réquisitoire des pandores qui lui courraient aux basques. Le zigue écrivait pour un webzine basé à Paname. Il avait la plume pas du tout à l’ordre du jour des convenus journalistiques. Léa était intriguée. Nils comme à l’accoutumée était septique comme une fosse bouchée et Dagmar rêvait de lui tordre les couilles pour lui apprendre à se couper la nouille à ce con.
Ils avaient rencard à l’Estaminet d’Uzeste, le quartier général musical textuel de la Compagnie Lubat[2] dans l’autogestion des sons festifs et vivants de Gasconha.    Nils sur sa bécane avait repéré les lieux. La voie était libre. Le Bartos était ressorti avec Léa qui le menait à la bagnole où elle lui attacha les poignets dans le dos et lui passa un bandeau sur les yeux. Les activistes fouillèrent le chroniqueur la bouche en cœur et ne décelèrent aucun micro néfaste caché sur lui. Nils prit le volant et emmena le joyeux aéropage vers une plage encore déserte. Ils décidèrent de tous les critères idoines pour accepter que Léa se fasse tirer le portrait et donne de la voix devant un fond neutre représentant le port d’Honfleur, qu’avait confectionné Nils, histoire aussi de brouiller un peu plus les pistes. L’interview eut lieu d’une traite avec des questions ouvertes. Ce qui permit enfin à Léa de mettre une bonne fois pour tous les points sur les i. Elle fulmina contre sa condition de sans toit ni loi qui lui était imposée. Elle était innocente de tous les méfaits explosifs contre la rédaction de Webactu et pas du style à se faire sauter le caisson avec ses amis journalistes. Les accusations devaient se porter du côté des renseignements généraux à la solde de la clique du sarkophage et des grands patrons du nucléaire français qui voulaient garder leurs avantages sur cette énergie imposée par la force et contre le gré des populations, depuis les années Giscard. Fukushima avait prouvé les dangers avérés du nucléaire civil sans en tirer tous les enseignements. Elle ne pleurait pas Anne Lavergerond virée de son poste de grande propagandiste en chef de la nucléocratie à la française. Sans doute qu’à force de bétonner ses centrales, son compteur Geiger avait dérapé ! Celle-là même la mieux défendue par le coq du ps, le F. le Hollandais qui pourrait devenir président de la république en 2012 ! Bonjour le cauchemar radioactif, la rose au poing. Celle qui fut aussi une proche collaboratrice de Tonton premier dans les questions de stratégie économique. Avec DSKAS, encore lui, qui la nomma PDG de la Compagnie générale des matières nucléaires qui deviendra Aréva. Combien la chère très chère dame allait-elle toucher au chomdu, sachant que son salaire s’élevait à la bagatelle de 1,12 millions d’euros par an ? Avec une telle somme on pourrait lancer l’idée des panneaux solaires pour toutes les habitations. Et puis pour une fois qu’elle pouvait s’exprimer. Léa se lâcha contre les ayatollahs pseudos scientifiques officiels qui pourrissaient les médias de toutes leurs inepties. Ce Luc Ferryboat, arnaqueur universitaire glandos, qui fit entrer au Conseil d’analyse de la société (un simulacre d’incapables) Amélie de Bourbon-Jambon de Parme épouse d’un des frères Boudinof. Sachant que les frangins avaient pondu récemment une nouvelle arnaque intellectuelle (une de plus !) tant scientifique que rationnelle touchant cette fois les hautes sphères du cosmos, qui aurait été conçu selon un haut jet de foutre divin ! Sachant aussi, digne retour de manivelle entre ami, c’était le féru Ferryboat qui écrivit la préface de ce chef d’œuvre ! Toutes les obédiences putatives étaient représentées dans cette noble assemblée…
7.                 Hum, hum, vous ne trouvez pas qu’on s’éloigne un peu du sujet, tempéra le Franckos un peu dépassé par les évènements ?
8.                 Tu me laisses parler ou je me barre, compris ? J’abrège aussi les facéties du Claudio Allegro qui soutient mordicus l’inexistence de l’amiante dans les soutes de la fac de Jussieu, alors que j’étais sur le point de le démasquer, avant que cette bombe ne me détruise l’existence. Je finis. Dans cette société des amis du Ferryboat, on y trouve  tout droit sorti du chapeau du magicien Gnangnan: un cureton, un rabbin, un islamologue et même en cas de maladie avérée, la directrice générale en charge du laboratoire Servier qui pouvait vous sauver la vie en vous proposant son bonbon favori : le Mediator ! Passez la monnaie et les tours de passe-passe… Toutes ces crapules accaparent les médias et évincent les instances objectives et les associations indépendantes à propos du nucléaire. Je vous demande un peu, pourquoi la médiocratie, pour remplir la part de cerveau disponible et la panse grasse, vogue grand largue sur la populace abrutie et désinformée ?
Elle termina son numéro de trapéziste avec son hiatus dont elle était le plus fière.
9.                 En matière de nucléaire, il n’y a que les failles qui aillent à la France. Boum quand le nucléaire fait boum. Rideau.
Afin de garder le contrôle complet sur l’enregistrement, Nils subtilisa l’enregistreur des mains du Bartos.
10.            C’est nous trois qui retranscrirons l’enregistrement et qui te ferons parvenir le résultat près à publier.
11.            Mais, je ne te travaille jamais de cette manière !
12.            C’est ça ou rien du tout, pigé mec ?
Devant l’air menaçant du géant le chroniqueur remballa ses remarques.

Pendant que ça gaussait dans le sud-ouest, à Paname, l’homme en costume cravate de marque qui se prenait très au sérieux ouvrit une enveloppe remise par Lebourrin. Elle  contenait des renseignements pointus issus du réseau national de surveillance des citoyens. Lebourrin, en tant que fonctionnaire trop pingre de son salaire de misère, savait offrir ses services au plus offrant. Il en était même assez fier finalement. Mis en confiance dans ce contexte de complaisance des sens et des révélations onéreuses, Lebourrin tenta une légère inclinaison à porter de la voix.
13.            Vous savez peut-être déjà où ils logent en France ?
14.            Il sentait bon le sable chaud, mon légionnaire. Abruti, tu connais ?
15.            Faut que j’en cause deux mots à Madame Romano.
16.            C’est qui encore celle-là ? C’est une indic ?
17.            Oui et non, ce serait trop long à vous expliquer, n’empêche…
18.            Ferme ton clapet. J’y vais. Je te tiens au courant. Motus et bouche cousu à propos de notre accord. Sinon….
Il mima le sourire kabyle qui riait aux éclats.

19.            Les filles, les filles, Joël nous a déniché une planque fiable à Barcelone : Can Masdeu[3], une ancienne léproserie !
20.            Tu charries mon pote, après le Père Lachaise, tu nous enterras tous ! Je préfère encore les sushis radioactifs !





[1] Joan Pau Verdier : auteur/ compositeur/ interprète franco/occitan : http://joanpauverdier.free.fr/actualite.htm
[2] Bernard Lubat : scatrap jazzcogne : www.cie-lubat.org/Oeuvriers/Bernard-Lubat
[3] Les sentiers de l’utopie, un livre film d’Isabelle Fremeaux et John Jordan, éditions Zones, 2011


domingo, 26 de junio de 2011

17, Un jour il faut passer à la caisse

Résumé du précédent épisode : Joël tente une escapade depuis le Pays Basque via Barcelone pour s'envoler vers l'Islande quand un méchant nuage le cloue au sol. Il entend les échos de Lucio un militant libertaire tandis que les autres activistes se bougent depuis Pyla et que Léa veut aller manifester contre la centrale nucléaire du Blayais en Gironde.


-         Abruti ! Crétin ! Bâtard, ahuri, honte de la famille ! Soixante-huitard de merde ! Comment as-tu osé ?! Mon petit Frédéric...
-         Ma chérie ! Ce n'est pas du tout ce que tu penses !
-         Je ne suis plus ta chérie depuis au moins trente ans ! Est-ce que tu saisis au moins ce que signifie un Bac C ?
-         Mais avec son prix au concours Lépine, il rentre au MIT[1] comme il veut !
-         Il ne manquait plus que cela, qu'il disparaisse outre-Atlantique ! Non mais tu te fous vraiment de la gueule du monde ? C'est pas parce que tu t'es pas foulé à te reproduire qu'il faut détruire les familles de ceux qui t'aiment!
-         Excuse-moi d'insister mais je te disais bien qu'il s'agit d'un problème affectif...
-         Salope ! Crevure ! J'aurais ta peau !

Joël considéra le combiné d'un air embarrassé. Marie-Sophie, la mère de Frédéric, avait raccroché brutalement. Il valait mieux ne pas la rappeler tout de suite. Le regard de Joël dériva au-dehors de la cabine téléphonique. Au-delà des murs médiévaux, pierre  tagguée de graffitis hébreux, il y avait le célèbre bar alternatif La Vaca, planqué derrière des rideaux de fer rouillés. Hegoa avait tenu à y aller parce qu'on racontait sur la côte basque que Manu Chao, le swing aux basques, y jouait parfois des bœufs sur les caisses en carton faisant office de table. Joël  les imagina tous les deux, les mains dans les mains. Ils attendaient le verdict. Hegoa devait partir au Mexique, à Puerto Escondido, se fondre dans les impressionnants rouleaux du Pacifique. Pour Frédéric, il n'y avait aucune négociation envisageable. Il devait suivre Hegoa afin de la protéger des serpents de mer, des requins et de ses collègues surfers aux corps athlétiques et basanés. Mais le môme avait tout de même pressenti l'ouragan maternel à cause du bac C et supplié que Tonton se colle au jeu du médiateur.  Joël se gratta la tête : comment allait-il leur annoncer ça ?

Niels conduisait la voiture hybride qu'il avait louée à Hondarribia, sitôt passé le fleuve-frontière. L'exigence immédiate de Léa l'avait cependant saturé. Comment pouvait-elle être aussi légère ? Elle avait insisté, soutenue sans défaut par sa morpionne de Dagmar, toujours plus bougonne. A 18 heures, sur la rive sud de la Bidassoa, il était hors de question de ne pas courir se goinfrer de délicieuses tapas[2] dans les bars du port d'Hondarribia. La militance ne peut pas et ne doit pas empêcher la gastronomie !  Léa eut de surcroît l'impudence de préciser que l'on y mitonnait la meilleure morue au monde, ce qui assombrit définitivement le géant norvégien.  Mais la vérité ultime, c'était que les tapas d'Hondarribia, c'était le bon dieu en culottes de velours, après tant de jambon de Bayonne... Un petit txacoli de Guetarria bien frappé là-dessus et ils oublièrent jusqu'à la centrale du Blayais où ils s'étaient rendus la veille...

En revanche, on n'avait pas oublié leur passage tapageur. Les militants déployaient sur les digues de la centrale, positionnés depuis la Gironde pour éviter les accusations d'atteinte à la propriété privée,  de grandes bâches de plastique sur lesquelles était écrit « Centrale atomique en voie d'extinction » ou encore « Déblayez le Blayais », « Gironde saine », etc. Ceux de Greenpeace vinrent serrer la pince de Nils : ils se connaissaient d'actions sur les plateformes pétrolières en Mer du Nord.  Zuleika, une grande asperge polonaise aux cheveux carotte ébouriffés, le salua l'air de rien et ils s'éloignèrent aussitôt. Ils ne se parlèrent que face au fleuve, sans témoins.
-         Ça va, Zule ?
-         Ça fait aller. Mon mec est en tôle à Dresde. Les risques du métier...
-         Mais en Allemagne, comme activiste écolo, il risque vraiment quelque chose ?
-         Détrompe-toi, depuis que les Verts sont arrivés au pouvoir, ils veulent démontrer qu'ils savent aussi faire respecter l'ordre...
-         Le pouvoir absolu corrompt absolument.
-         Bon, finissons-en avec les formalités sociales, on n'est pas sur Facebook.
-         C'est quoi cette situation d'alerte ?
-         Un chapitre de l'histoire de l'humanité, nommé « Tremblements de terre et centrales nucléaires ».  Je te jure qu'on dirait qu'ils le font exprès. Les centrales sont toutes construites sur des sites sensibles, comme ici au Blayais ou à proximité de failles sismiques, comme au Bugey.
-         Quelle est la situation sur place ?
-         Lors du tremblement de terre en Méditerranée, les piles de déchets nucléaires, oubliés depuis dix ans à la centrale du Bugey, se sont effondrées. Un de ces bidons contenait de l'eau fortement radioactive, il s'est renversé sur le sol, à même la terre. Les spécialistes travaillent afin d'éviter que cette eau contamine la rivière et provoque ainsi un accident radioactif majeur dans le Rhône.
-         Ah. C'est pas rien, tout de même...
-         Mais le problème, c'est que depuis l'accident de Fukushima, les français font dans la chape de béton armé en guise de transparence en matière de centrale nucléaire, confondant sarcophage et information démocratique. On ne peut pas approcher à moins de dix kilomètres du Bugey, la gendarmerie monte la garde pour qu'on ne sache rien, ils défendent une entreprise privée comme s'il s'agissait de l'honneur de la nation. Mais bon c'est vrai, Areva est l'exception européenne, une entreprise privée sous le contrôle direct du président de la République française... Une seule chose est sûre, on n'en saura pas plus...
-         Et cette histoire de Fukushima, c'est vraiment grave ?
-         Quoi, Nils, toi, tu n'es pas au courant ?!
-         ... J'étais absent...
-         Le plus fort tremblement de terre de l'Histoire de l'Humanité a provoqué sa pire catastrophe nucléaire. Trois réacteurs en fusion, un caisson de contention qui n'est plus étanche, des millions de litres d'eau contaminée déversés dans la mer et encore autant sur le site. Le gouvernement nippon a prétendu dès le départ que la situation était sous contrôle mais en réalité le réacteur 1 a commencé à fusionner seulement 16 heures après le séisme...

A cet instant, les CRS arrivèrent sur le site. Zuleika revint vers ses collègues, qui s'enchaînaient entre eux et aux bâches, se préparant au choc. Elle conseilla la fuite à Nils. Il repêcha à la hâte Léa et Dagmar entre des militants qui chantaient le Aka[3], pour se donner du courage et ils parvinrent tous trois à s'enfuir avant la charge policière.

Le technicien cliqua sur le bouton de droite  de la souris et choisit « Imprimer ». La photo HQ  de Nils, Léa et Dagmar s'enfuyant dans la panique de la manifestation au Blayais sortit sur l'imprimante.  Lebourrin s'en saisit et la montra à un type en costume Gucci et lunettes noires.
-         Bon, je suppose que si on file ça à vos gusses, ça sera suffisant pour les faire taire.
-         Ne vous méprenez pas sur mes intentions. Je veux juste récupérer mes fonds.
-         On pourrait joindre l'utile à l'agréable, non ?
-         Je crois qu'on ne joue pas dans la même catégorie. Je travaille pas pour l'Etat français, mes tarifs sont trop élevés pour eux.
-         Et qu'est-ce qu'on fait pour l'autre zozo, celui de Webactu ?
-         Ils sont à Barcelona, pas vrai ? Tu n'as aucune compétence de ce côté-là des Pyrénées, donc, c'est moi qui m'en occupe. Comme des autres, d'ailleurs... Et toi, tu fermes ta gueule d'incompétent.
-         ...
-         Vois le reste avec mon secrétaire. Il te remettra l'enveloppe...

[1] Massachusetts Institute of Technology
[2] Genre culinaire espagnol, élevé à Art par les basques espagnols. La tapa ou couvercle où était disposée un peu de nourriture fut destinée à recouvrir les verres des écuyers de Carlos III, afin que ceux-ci mangent entre chaque verre d'alcool et que, par conséquent, un peu moins saouls, ne fassent plus verser le carrosse royal. La tapa a pris ses lettres de noblesse au 20ème siècle, tout d'abord en Euskadi puis en Catalogne et enfin dans le monde entier.
[3] Chant guerrier maori